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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

LITTERATEUR

Publié le 30 Janvier 2013 par Lesnen PetitsBois

La qualification des personnages dont le nom sert à nommer les rues d'une ville suggère un peu d'attention.

Alain Bouchart, chroniqueur de Bretagne, XVIe siècle. Lobineau, historien de la Bretagne, 1667-1727. Alain Bouchart est un chroniqueur. Une chronique, est un recueil de faits historiques, rapportés dans l'ordre de leur succession. Le chroniqueur est un témoin qui rapporte avec plus ou moins d'exactitude. Dom Lobineau est un historien, donc un spécialiste de la science historique, quelqu'un qui ne se contente pas de raconter, mais qui met en œuvre une méthode pour traiter des sources.

Ange Blaize, publiciste, 1811-1871. Employé en un temps (au XVIIIe s.) pour désigner le spécialiste du droit public, puis le journaliste politique, le terme publiciste s'est appliqué plus tard à l'agent de publicité, au publicitaire. Neveu de Félicité de Lamennais, Blaize composa un essai biographique sur son oncle. Il fut également avocat et préfet d'Ille-et-Vilaine.

Paul Féval, romancier, 1816-1887. Au sens moderne et courant, le roman est, d'après le Robert, une œuvre d'imagination en prose, assez longue, qui présente et fait vivre dans un milieu des personnages donnés comme réels, nous fait connaître leur psychologie, leur destin, leurs aventures. Malgré les nouveautés introduites dans le genre littéraire par les auteurs du Nouveau roman, comme Robbe-Grillet ou Nathalie Sarraute, tout le monde sait ce qu'il fait quand il achète un roman chez son libraire.

Louis Tiercelin, Homme de lettres, 1846-1915. Louis Tiercelin, est défini comme écrivain, poète et dramaturge français dans Wikipedia. Le terme homme de lettres est favorable, mélioratif comme diraient certains linguistes. L'homme de lettres, la femme de lettres, les gens de lettres sont des personnes qui font profession d'écrire. On parle de la Société des Gens de lettres, du monde des lettres. Louis Tiercelin ne semble pas avoir laissé plus de souvenirs de grand auteur littéraire que les deux noms dont je vais traiter maintenant, mais il est qualifié d'homme de lettres.

C'est surtout le titre attribué à deux auteurs qui m'a intrigué. Pierre-Louis Ginguené, littérateur, 1748-1816. Ginguené est catalogué dans Wikipedia comme journaliste, écrivain et poète français. François Luzel, littérateur, 1821-1895. Luzel est répertorié comme flokloriste breton, donc collecteur d'œuvres bretonnes, et poète en langue bretonne.

"Littérateur n.m. est emprunté (v.1460) au latin litterator, dérivé de littera, désignant celui qui enseigne la lecture et l'écriture, le grammairien, le philologue. Littérateur, dans sa première attestation, s'applique à celui qui compose un ouvrage littéraire (en l'occurrence un chroniqueur) ; il est repris (1716) avec le sens d'"homme de lettres, écrivain de métier", souvent dans une acception péjorative." (Le Robert, Dict. historique de la Langue française, Alain Rey, 1992). Comment Ginguené et Luzel peuvent-ils être qualifiés de littérateurs ? Ce ne sont pas de grands écrivains reconnus comme tels, mais d'honnêtes professionnels, en somme des tâcherons des lettres.

C'est surtout la distinction entre l'écrivain et le littérateur qui est intéressante. Aujourd'hui, on ne qualifie pas n'importe quel auteur de livres d'écrivain. Sont incontestablement reconnus comme des écrivains André Gide, Paul Claudel, François Mauriac, Marguerite Duras, Julien Gracq, Michel Tournier. Non seulement ils ont produit suffisamment d'ouvrages pour être reconnus comme professionnels, mais la qualité de leur écriture les a promus au rang de véritables écrivains. Roland Barthes a reconnu Philippe Sollers comme un écrivain typique de la modernité. Effectivement Sollers a tracé dans l'aire du nouveau roman un parcours littéraire original, qui l'a conduit à publier au Seuil des ouvrages que l'on pourrait qualifier d'expérimentaux, alors qu'il avait déjà été désigné par Mauriac comme une promesse pour la littérature contemporaine. Après un prétendu roman comme Paradis, publié au Seuil en 1981, Sollers est passé chez Gallimard, y a publié en 1986 Paradis II, du même style sans ponctuation, qui n'est pas qualifié de roman, mais après y avoir donné Femmes, roman, en 1983, dans un style de nouveau abordable pour le lecteur courant.

J'ai une prédilection pour le terme un peu désuet de littérateur. Il pourrait qualifier l'auteur qui n'aspire pas à passer à la postérité, mais qui a le souci, sinon la capacité, d'écrire correctement, avec quelque préoccupation littéraire, ce dont il traite, pour être agréable d'abord à lui-même et à d'éventuels lecteurs qui se plairaient à le lire. Il désignerait l'auteur qui tient à mettre autant au propre qu'il le peut les pages qu'il rédige.

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