Le métro rennais roule. Une deuxième ligne est en préparation. Tout a été dit, débattu et écrit au moment de la conception, de la réalisation et de l'inauguration de cet efficace moyen de transport. Pourquoi certains en sont-ils aussi inconditionnels ? La note est salée ? Qu'importe. D'autres villes ont préféré le tramway ? Vous n'y pensiez pas pour Rennes ! Le métro, je suis pour. Même si le rail de surface continue de me fasciner, le tramway en ville, je suis contre. Pourquoi mon désir échappe-t-il aux raisons si estimables de grandes personnes ? J'ai cherché, j'ai trouvé.
Les petits garçons - et quelques-uns le restent bien tard - se passionnent pour les histoires de tunnels. Celui-là, bien sûr inaccessible à cause des éboulements, qui joignait, prétendait-on, une ancienne gentilhommière à une autre. Le souterrain d'un château, un peu exploré, lors d'un camp scout. Le métro de Paris, exploité à longueur de jour pendant la folle semaine du jeune provincial en 1947, lorsque l'abbé Maillet rassemblait des milliers de petits chanteurs de toute la France au Palais de Chaillot. L'acqueduc creusé à travers le roc sur une longueur de 533 mètres par les tailleurs de pierre du roi Ezéchias à Jérusalem à la fin du VIIIème siècle avant notre ère, en prévision de l'invasion assyrienne de Sennachérib. Ce canal permettait de conduire l'eau de Gihon, une source extérieure aux remparts, à Siloé, c'est-à-dire à l'intérieur de la ville de cette époque. J'ai eu le bonheur de le parcourir en entier, les pieds dans l'eau, en 1959. Vive le tunnel du Mont-Blanc, vive le tunnel sous la Manche ! Comment faire le tour de l'Islande, sans relire le Voyage au centre de la Terre de Jules Verne ? On entre au Snaefellsnes et l'on ressort au Stromboli.
Que représente le fantasme du souterrain, sinon l'évasion authentique, après avoir foré un chemin secret ? Descendre au métro, c'est se faire la belle en cachette, passer sous le fleuve et fuir au bord de la campagne, derrière les lignes du front. C'est filer, du centre de notre quartier, par une glissade vive, sans encombre et impeccable, jusqu'à la lisière de la forêt. Et pour le petit garçon qui arrive de sa ferme, dont les parents ont posé leur voiture sur le parking au bout de la ligne, c'est déboucher en pleine fête foraine ou s'installer aux Champs libres sous la voûte des cieux. Toujours une affaire de Père Noël !