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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

IMAGE & TEXTE (1) : L'IMAGE : AVANTAGES ET PROBLEMES

Publié le 2 Février 2013 par Lesnen PetitsBois

Un blog qui ne comporterait que du texte est-il encore recevable en 2013 ?

L'exposition, quelle qu'en soit la forme, de pures images, sans commentaire ou avec un commentaire réduit que nul n'est obligé de lire, se justifie sans difficulté, même si dans l'art contemporain le discours devient parfois envahissant. La bande dessinée, où se mêlent le dessin et le texte, et le cinéma parlant, où s'articulent la voix, la musique et la succession des séquences animées, font partie de notre existence. En 2013, aux commandes d'un blog, d'un site Internet, de la rédaction d'un ouvrage pratique, l'opérateur est pressé d'illustrer son propos par des images.

Pour éclairer la question que je viens de poser d'entrée de jeu, je voudrais présenter en trois livraisons mon point de vue, en réfléchissant d'abord sur l'image, puis sur le texte et enfin sur leurs liens et leur autonomie éventuelle, tout en avouant mes pratiques et mes préférences.

A propos de l'image

L'image comporte des avantages évidents sur l'écrit. L'image est née trente mille ans avant l'écrit. Spontanément, le consommateur d'informations se porte vers l'image, dont la valeur documentaire est remarquable. Trois traits de crayon sur un papier et vous comprenez tout de suite où se trouve l'immeuble que vous cherchez. L'illustration déjoue les barrières linguistiques et fait gagner un temps considérable pour approcher les réalités. Son intérêt pédagogique est incontestable. Un article politique peut tenir dans un dessin d'humoriste. Une caricature de Plantu vaut un éditorial. L'image dispense souvent de longues explications et supprime rapidement quantité de malentendus.

Pourtant, dans le monde surabondamment illustré où nous vivons, l'usage que nous faisons de l'image pose pourtant quelques questions.

La fascination que l'image opère risque de rétrécir l'intelligence des événements. Elle ne trouve la plupart du temps son sens dernier que dans le discours qui la présente et la commente. Les manipulateurs, dont le principal souci est le commerce ou le pouvoir, utilisent l'image réductrice comme un leurre. La pédagogie imagée peut rimer avec démagogie. Régis Debray a bien montré comment l'image fut d'abord un chemin vers la divinité, comment elle passa des grottes et des églises au musée et circula de compagnie avec l'argent et en collusion avec lui. Du musée, fixe ou en mouvement, elle se mit à proliférer, à se déformer de mille manières, au point de supposer chez son spectateur un sens critique aiguisé.

L'image, le plus souvent désirée en couleurs, coûte plus cher que le texte. Dans le monde de l'image industrielle et de la vidéosphère, seuls les puissants peuvent investir.

En outre, on peut être frappé en voyage par ces groupes de touristes qui s'assimilent de plus en plus à la meute des paparazzi en train de traquer une vedette. Ils ne jouissent plus des lieux visités avec tous leurs sens, mais se dépêchent d'enfiler - qu'on pardonne la comparaison - leur "préservatif", à savoir leur appareil photo ou leur caméscope, pour se fabriquer des images aseptisées d'une ville ou d'un paysage, qu'ils regarderont chez eux derrière la glace de leur téléviseur, comme ils dégusteront un fromage au lait pasteurisé. Voyeurs d'une réalité spéculaire, jouisseurs d'impressions virtuelles, voilà ce qu'en fait leur outillage numérique.

Pourquoi le caméscope devient-il omniprésent ? En leur temps, Dieuleveult et Nicolas Hulot nous ont proposé de regarder leur vie comme une aventure palpitante et il est bien probable que certains vidéastes cherchent la même chose. L'important n'est plus ce que vivent les gens dans le monde réel, mais les images qu'ils fabriquent pour se regarder vivre. Ils se pensent comme les vedettes de leur propre existence. Faute d'être des stars du show-biz et de la télé, très vite iils se sont surimposés à Poivre d'Arvor, à Pivot, à Fogiel et Ardisson ou aux soirées thématiques d'Arte. Aujourd'hui, dans la prolifération des chaînes, ils se mêlent hardiment aux vedettes de l'actualité.

Une puissante envie de caméscope était signalée par les sondages dès décembre 1994. Devenir le grand "réalisateur" de sa propre vie ! Cette recherche effrénée du temps perdu peut trahir une quête de ce qui n'a même pas été vécu, mais aurait pu l'être, sans ce privilège croissant accordé à la manipulation de prothèses à batteries. Crispations désespérées sur tant d'occasions manquées ! Amour protégé ! Etreinte réservée avec le réel !

Dans le même sens, la presse nous a appris que les vidéo-vautours de Los-Angeles se tiennent toujours prêts pour aller filmer une catastrophe en direct. Surenchère des scoops. Meurtre aux U.S.A. : les passants filment la scène avec leur portable plutôt qu'ils n'empêchent le meurtrier de nuire. On revend très cher les films aux chaînes de télévision. Pour l'émotion ressentie devant des tranches saignantes et vitrifiées de l'actualité, filmées sur le vif. Le téléphone peut servir aujourd'hui à des enfants pour tourner des scènes de violence déclenchées pour le seul plaisir de se les montrer entre camarades.

J'achève néanmoins cette première réflexion très limitée sur l'image en avouant que je fais beaucoup de photos, que je me sers de la vidéo, que je bricole des images et des bouts de film, que je pratique le montage d'images et de séquences sur une timeline. La solution n'est pas de nier l'importance des images, mais de prendre conscience de ce que l'on fait en les mettant en œuvre, en les produisant, en les présentant. Ce que je constate aujourd'hui, c'est l'inondation mal maîtrisée de milliards d'images dans la famille la plus classique. Quand on pense à en faire quelque chose, il faut sans doute réfléchir à quelles fins les vagues de nos clichés sont investies dans un ouvrage. (à suivre)

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