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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

LE POINT SUR L'ÉVOLUTION DE CE BLOG

Publié le 7 Avril 2013 par Lesnen PetitsBois

Entré vers la mi-décembre 2012 sur Overblog comme par une porte de service, sans savoir ce qui m'y attendait, j'ai bien conscience d'y être hors norme. Et pour combien de temps ? Vieil homme de 83 ans égaré dans une tribu de jeunes, je ne comprends guère leur langage et leurs intentions, même si je fais de l'informatique au moins depuis 1985, mais en essayant de me la soumettre plutôt que de me laisser envoûter par elle.

 

J'ai succombé à l'idée d'un carnet de bord sur le web. Plus léger, plus décousu, plus lié à l'actualité que le lourd site sur lequel toute ma réflexion est organisée comme dans un livre. Pour le site, tapez : Un tracé dans l'incertain.

 

Pour autant, ce blog n'a rien de la chronique promise et suivie sur la ville que j'aime. Il faudrait s'y appliquer comme un journaliste professionnel, partir en quête chaque jour. Malgré l'intention originelle, l'attention à certains aspects de la vie urbaine n'est plus ici qu'occasionnelle. Dans la dénomination seul le terme fragments est juste.

 

De trois jours en trois jours environ, le blog laisse une trace d'un flux de la pensée. Pas forcément à l'occasion des événements. Surgissent là des réactions, mais aussi des souvenirs d'une personnalité stratifiée en plusieurs couches. Des bouillonnements de la conscience sous la pression de l'actualité sont projetés sur l'écran. A la recherche de l'expression juste. On tape sur le clavier ici pour vivre comme le moine prie pour subsister.

 

Lorsqu'un homme a pu assurer ses besoins fondamentaux, il songe à ses temps de loisirs. Il peut chercher la distraction dans des spectacles et des activités culturelles qui sollicitent plus ou moins sa participation active. Le lecteur d'un ouvrage, le spectateur d'une pièce de théâtre ou d'un film, l'auditeur d'une conférence, le visiteur d'une exposition sont des interprètes diversement participants. Les artistes contemporains comme de nombreux organisateurs de spectacles tentent souvent de stimuler la clientèle. Ils y réussissent plus ou moins.

 

Le sujet qui dispose avec autonomie d'une partie de son temps peut aussi s'investir du côté de la création. Dans une véritable re-création d'un monde bien à lui. D'un monde parfois complètement imaginaire. Certains artistes arrivent même à faire de ce travail de création l'activité principale de leur vie. Mais une telle re-création, qu'elle se situe dans le champ du jardinage, de la reconstruction, de la collection structurée, du modélisme, de la réalisation artistique dans l'une des disciplines connues ou à inventer, dans le domaine de l'écriture d'auteur amateur ou d'écrivain consacré relève fondamentalement de la même démarche. Pas de différence majeure de projet entre celui de l'ouvrier en retraite qui s'est découvert une passion, du marin réalisant sur son bateau sa maquette à ses heures creuses, du prisonnier assemblant les restes des broutilles qu'il est autorisé à conserver dans sa cellule et celui de l'écrivain confirmé attelant ses mots les uns derrière les autres. Chacun s'échappe du monde où il se pense enfermé. Pour moi le sommet d'un tel travail acharné fut celui du Palais idéal du Facteur Cheval.

 

Pour quel partage, quelle diffusion ? Les fragments d'un tel blog sont modérément ouverts au partage. Ils se laissent voir, mais ne scintillent pas pour attirer l'attention. Le blog peut être partagé avec qui est intéressé, parce que l'aventure de l'autre peut faire naître chez le lecteur une idée divergente pour son propre parcours. Ce blog est lu, il n'est pas lu, qu'importe.

Mais alors pourquoi publier ces fragments ? Pourquoi ne pas les garder pour soi ? Pour s'obliger à mettre au propre. Si vous risquez d'être lu, vous devez faire attention. Sinon, la paresse vous engourdit. Vous n'avez pas forcément envie d'être lu, mais vous vous laissez voir travailler comme un artisan qui opère sous les yeux des passants sans pour autant faire de réclame. C'est cela : je suis un artisan qui travaille sous l'œil du passant sans chercher à lui vendre sa marchandise. Mais s'il en veut, nous pouvons partager.

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