C'était un matin de la mi-décembre 2012. Imaginez descendant la rue de Clisson une femme d'un âge certain, de petite taille, habillée court, de noir, un volume presque au cube. Disgrâce. Pure comparaison, aucune passante à ce moment-là. C'est la caricature que pouvait donner de lui un moineau solitaire, dans un angle de la place Saint-Sauveur, près du magasin Baccara, devant le portail blanc. Un piaf transi, sans avenir, au plumage ébouriffé.
Inespéré : l'oiseau se lisse et se lance à sautiller sur les dalles, les parcourant en un sens, puis dans l'autre avec élégance, régularité, constance. Un numéro soigneusement répété. On ne revient pas de ce qu'il peut sortir d'un vivant si peu attrayant à l'instant même. De quoi rapprocher la pantomime ? Des paroles les plus fines, les plus spirituelles d'un humoriste au corps puissant, d'origine belge, tellement au-dessus du lot. Vive toi, petit bateleur des seuils de Saint-Sauveur, tu le cachais bien sur ton affiche.