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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

LA PRISON VIDE

Publié le 6 Janvier 2013 par Lesnen PetitsBois

S'évader un instant du Colombier jusqu'à l'apaisant parc de Villeneuve. L'itinéraire vous conduit de la prison des femmes en activité à l'ancienne prison des hommes, désormais déserte. Au Mont-Saint-Michel, les enfants restent toujours hypnotisés par les cachots. Lorsque vous tournez en bateau autour d'Alcatraz déclassée dans la baie de San Francisco, la figure d'Al Capone vous obsède encore.

C'était le 26 septembre 2010. Un gardien bénévole faisait tout visiter de la maison d'arrêt bien rennaise, récemment encore en exercice, boulevard Jacques Cartier. Malaisés les rapports très particuliers entre la population sous les verrous et les gardiens peu nombreux que nous déléguons pour assurer la gestion du monde carcéral. Marquant le désir de communiquer secrètement entre détenus dans les douches, en promenade, mais aussi de fenêtre à fenêtre, notamment grâce au système du yoyo (on se passe des objets, des messages grâce à des câbles bricolés). Instructives les tentatives échouées d'échange avec l'extérieur et les évasions réussies. Rebutants les jets d'ordures par les fenêtres et les innombrables bouts de plastique accrochés aux barbelés. Les hauts responsables qui ont toléré ces conditions de détention savaient qu'ils pouvaient compter sur une majorité de citoyens plus enclins à la vengeance et au châtiment qu'à la réhabilitation.

"Si tu veux fonder une société, tu dois décider de ceux que tu vas enfermer", assurait un sociologue. Il faut bien mettre les éventuelles nouvelles victimes à l'abri des malversations et des crimes, prémunir les délinquants contre eux-mêmes, les engager dans la voie d'une réparation appropriée, restaurer leur capacité à vivre en convenable humanité. Quand viendra-t-il le jour de débattre sur la question philosophique du libre arbitre du condamné, difficile à apprécier, et qui est le présupposé du prétoire ?

Une nouvelle Alcatraz, différente, est-elle possible dans notre violente société ? Pas un hôtel de luxe, pas un taudis débilitant non plus. Pas une cage pour en faire baver et exacerber l'envie de récidiver et de finir atrocement féroce. Un espace pour se refaire, pour accomplir un retour sur soi, une reprise, pour se remettre un peu à la barre de sa vie. De quelques pièces de Jacques Cartier émanait un souffle d'air frais : de la salle de sports, de la bibliothèque, des salles de cours. Rêvons au prochain numéro d'une Alcatraz adaptée au traitement des défaillances humaines, à moins qu'elle n'existe déjà quelque part dans le monde.

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