Avertis des limites de l'image et du texte, il nous reste à reconnaître qu'ils n'ont cessé de se conforter. C'est par un travail sur l'un et l'autre que nos contemporains risquent de se cultiver au mieux. L'image n'anéantit que celui qui s'y soumet sans peiner. Elle a le plus souvent besoin d'être reliée à un contexte. U. Eco faisait remarquer que Benetton avait réussi un coup publicitaire royal et gratuit, grâce au discours journalistique sur l'affiche d'un bébé en train de naître. Certains maîtrisent parfaitement l'usage des deux formes d'expression.
Par le truchement du cinéma, de la télévision et de l'ordinateur, l'image, l'oral et l'écrit s'épaulent. Non seulement l'ordinateur redonne ses lettres de noblesse à la civilisation alphabétique, mais il permet d'afficher sur le même écran, in praesentia, des informations qui proviennent d'espaces différents du disque. La synergie de l'écrit et de l'image, du discursif et de l'intuitif s'accroît.
La culture du texte ne va pas disparaître, mais elle change. Le texte demeure et renforce sa présence, mais il est de plus en plus intégré dans des ensembles où il exprime ses messages en connivence avec le son et l'image. Seul le sens critique des lecteurs et spectateurs leur permet de hiérarchiser les rôles et les parts du texte et de l'image dans leur information. Puisse-t-il s'aiguiser dès l'école élémentaire.
Pourtant il faut les distinguer. D'une part, on peut toujours jouir de pures expositions d'images sans commentaire, qui s'adressent à notre sensibilité, à notre culture, à une appréciation délivrée de préalables. On peut aimer avoir accès à de purs textes, qui laissent le lecteur libre d'établir des liens inattendus et de recréer le monde à sa façon. Cela explique la réussite de la radio. Elle peut illustrer les propos diffusés par des sons et de la musique, mais jamais avec d'autres images que celles qu'elle raconte et qui laissent libre cours à l'auditeur de les redessiner. Il en va ainsi avec la littérature, notamment avec la poésie et le roman.
Pour ma part, j'aime d'un côté monter des courts métrages et d'autre part, j'écrirai des textes sans image, pour la réflexion d'une part et éventuellement pour la recréation imaginaire du monde qu'ils suscitent dans le lecteur, y compris et peut-être d'abord dans le re-lecteur que je suis.