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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

IMAGE & TEXTE (2) : LE TEXTE : AVANTAGES ET PROBLEMES

Publié le 5 Février 2013 par Lesnen PetitsBois

Le chemin de la représentation stylisée des objets à la lettre de l'alphabet a demandé du temps. Cette abstraction a représenté un progrès et l'écrit a pu alors sembler l'emporter sur l'image.

Le texte permet la clarté de l'exposition, l'approfondissement des thèses en présence et la réflexion, car il oblige à une approche plus lente, plus ciblée et plus consciente de tous les enjeux d'une cause. L'écriture, parole projetée et retravaillée, vaut mieux que l'image pour transmettre la pensée. Toujours discursif face à l'instantané de l'image, le texte oblige le lecteur à prendre le temps de la maturation.

En outre, la littérature non illustrée sollicite les capacités humaines du lecteur, son interactivité. Elle lui permet de concevoir un univers différent de celui auquel renvoie l'auteur. Le roman laisse plus de champ à l'imagination du lecteur que la bande dessinée et l'écran qui limitent son champ de vision entre les barrières de protection d'une autoroute.

L'écrit est souvent plus maniable que l'image seule, encore que l'image aussi soit imprimable. En tout cas, écrire une belle histoire coûte toujours moins cher que de faire un film comme Les Amants du Pont Neuf. Il faut une demi-heure d'images rassemblées à grands frais dans le journal télévisé pour donner les nouvelles contenues dans une seule page de quotidien ou en quelques minutes d'informations radiodiffusées. L'écriture, c'est avec la faiblesse native, l'incontestable souplesse des moyens.

Problèmes du seul écrit

Mais l'écrit montre aussi ses propres limites. Il suppose connue par le lecteur la langue du scripteur. Chaque coterie cultive un langage inaccessible au commun. S'il trouve dans la numérisation de son traitement, dans l'étoilement de l'intertexte sur Internet et dans sa transmission par message électronique une force nouvelle, le texte hérite du même progrès un handicap. L'ordinateur permet à la pensée brute de se livrer sans retenue. A l'heure de la correction, la refonte paraît possible à l'infini et, selon le mot de Umberto Eco, cette activité a quelque chose de masturbatoire. La variation illimitée de la forme des phrases et du vocabulaire fait de l'utilisateur du traitement de texte une sorte de polyglotte, constamment menacé de babillage. Il me semble avoir entendu Léautaud, dont on repassait récemment en nuit les entretiens avec Robert Mallet sur France Culture, qu'il ne se reprenait pas sans cesse en écrivant. Et que dire du copier-coller de l'élève paresseux, qui croit avoir trouvé une solution à son devoir en déposant trois mots sur Google comme un appât ?

Si, en multipliant les images, la télé et le multimédia les banalisent, si le zappeur file d'une série d'icônes à l'autre, pour se composer un plaisir d'un instant et ne rien retenir d'une débauche de formes et de couleurs, il est tout aussi vrai que les averses de textes, qui tombent des photocopieuses à longueur de jour, se montrent aussi peu favorables à la culture qu'un déluge sur un champ de blé. Bien souvent, plutôt qu'à construire et à présenter un raisonnement personnel, la facilité technique pousse des responsables à reproduire à la va-vite et à distribuer trop généreusement des articles qui ne sont jamais lus. Le temps passé à classer les arrivages vous empêche de vous adonner avec fruit au travail d'une pensée restreinte en surface et bien construite. L'encombrement bibliographique et l'abondance lexicale que facilite le dictionnaire électronique deviennent des tentations redoutables.

Et nous voici parvenus à l'ère où des milliers de blogueurs - je viens de m'y mettre - proposent au monde leurs émotions, leurs réflexions et leurs images sans autre contrôle que les réactions des passants. Nos pensées textualisées aussi se disséminent comme de la poussière. (à suivre)

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