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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

DÉSIR D'ENFANT, DESTIN D'ENFANT

Publié le 1 Mars 2013 par Lesnen PetitsBois

Dans l'ambiance des modifications législatives en cours en ce début d'année 2013 concernant le mariage pour tous et les conséquences qui en découlent pour la filiation, ce qui est prioritaire dans mon esprit, c'est l'enfant. Il n'a pas demandé à venir au monde, il s'y trouve et on semble pouvoir former pour lui un double vœu : tout d'abord qu'il sache à qui se référer en première instance et qu'il trouve pour le prendre en charge à son arrivée, pour son éducation et pour sa formation à la vie adulte, un milieu aussi adapté que posssible. Le désir d'enfant est légitime, mais le sujet humain n'appartient pas à ses géniteurs et à ceux qui l'ont élevé, c'est pourquoi son destin l'emporte sur les vœux des responsables de son origine.

Un être humain doit, autant que possible, être au courant de son ancrage génétique. Il est constitué jusqu'à ce jour à partir d'un élément féminin fécondé par un élément masculin. A l'époque où les recherches généalogiques ont pris tellement d'importance, il paraît courant et légitime que la plupart d'entre nous puissent savoir de quelle union ils procèdent et pouvoir conserver un lien avec les personnes qui en sont la cause, même si nous connaissons de nombreuses exceptions qui rendent cette clarification impossible. Evidemment ce seul lien et cette connaissance ne suffisent pas. L'éducation donnée par des parents naturels ou adoptifs est d'une extrême importance sans pour autant rendre négligeable l'enracinement physiologique de chaque existence.

Dans un nombre non négligeable de cas, nous sommes témoins de l'existence d'enfants très tôt orphelins, d'enfants rapidement enlevés à leurs parents ou circulant et tiraillés entre l'un et l'autre après la transplantation dans un foyer recomposé, de l'existence aussi d'enfants nés de père inconnu ou même de père et de mère inconnus. Tout n'est pas toujours catastrophique dans leurs vies et il arrive que certains de ceux-là s'en tirent finalement mieux que des enfants élevés dans un foyer qui s'est maintenu depuis les origines du contrat mais a souffert de déviations mentales ou du moins de méthodes éducatives assez dommageables. Cependant l'exception ne peut être proposée en modèle. Lorsque l'on tente de remédier aux carences d'une vie mal commencée, on veille, par exemple par l'adoption, à se rapprocher des situations plus régulières, plus communes. En effet, dans la revendication du mariage pour tous, ce qui est demandé aujourd'hui c'est bien que certaines personnes qui s'estiment être victimes de discrimination aient les mêmes droits que les autres, ne soient pas traitées différemment des autres.

Notre espèce tient sa survie de la procréation. Le fait est massif. Pour autant nul n'est obligé d'engendrer, même s'il s'est trouvé des sociétés pour accepter difficilement que certains de ses membres - hormis temporairement ou à vie pour les personnes consacrées par la religion - se dérobent à ce devoir de la reproduction. Dans un groupe humain, une majorité de personnes satisfont à cette charge sans longue hésitation. Que certaines incitations à donner vie à un enfant supplémentaire proviennent de motivations économiques (allocations bienvenues et retraites à alimenter), politiques (vivifier, renouveler la nation), voire religieuses (ajouter des membres au nombre des croyants et des élus), cela importe peu. De son côté, la médecine contemporaine a fait reculer la stérilité dans un certain nombre de cas, comme elle a permis de mieux réguler la fécondité.

Aujourd'hui dans notre pays à certains couples, qui restent stériles et forment le vœu d'élever un ou plusieurs enfants, la possibilité a été médicalement et légalement offerte de recourir pour la femme à un donneur extérieur de sperme. Cela se nomme la Procréation Médicalement Assistée (PMA). Nous nous trouvons alors en présence de l'origine ternaire d'un enfant : une mère a reçu une semence extérieure à son couple, mais c'est bien son mari qui tient depuis l'origine le rôle de père et non le donneur génétique.

Pour l'instant, la Gestation Pour Autrui, c'est-à-dire le recours à une mère porteuse pour assumer in utero le développement de l'embryon d'un autre couple, n'est pas admis en France. Les personnes qui veulent parvenir à ce résultat recourent à l'aide médicale dans des pays qui l'autorisent comme certains Etats des U.S.A. et l'Afrique du Sud par exemple. Certains pays de la communauté européenne comme la Belgique, le Danemark, l'Irlande, la Hongrie, les Pays-Bas, la Pologne entre autres ne l'interdisent pas. Le problème qui se pose après ces recours à l'extérieur est celui de la transcription des actes de naissance sur les registres d'état civil du pays des parents.

Il peut sembler difficile, à partir du moment où la PMA a été introduite dans un pays, de refuser à jamais la GPA, par exemple à des couples homosexuels, dans la mesure où toutes les garanties sont prises pour que l'on se contente de verser de raisonnables compensations financières à la mère porteuse en excluant tout indigne trafic commercial. Obtenant le droit de se marier "comme les autres", les couples homosexuels masculins, jugeront discriminatoires les autorisations accordées aux seuls couples féminins. Irène Théry, selon des propos recueillis par Cécile Deffontaines, dans le Nouvel Observateur du 24/09/12, a montré que le sens du mariage avait changé depuis 1972 et encore plus depuis 2005. En effet, le cœur du mariage a cessé alors d'être "la présomption de paternité selon laquelle le mariage était l'institution qui donnait un père aux enfants qu'une femme mettait au monde". A compter de ces dates a été affaiblie puis est tombée la distinction entre les enfants naturels, nés hors mariage, et les enfants légitimes, nés dans le mariage. Pour elle, en raison de cette nouvelle égalité reconnue, on définit désormais le parent non plus par rapport à la procréation, mais "devient parent celui qui s'engage à élever un enfant". La PMA permet ainsi à un couple d'homosexuels, où l'un des deux membres procrée physiquement et l'autre pas, d'engendrer ensemble une descendance grâce à l'aide d'un tiers.

Si la parentalité se définit de plus en plus sûrement en fonction de l'engagement à élever un enfant, il devient clair qu'il sera difficile d'exclure à terme de la fonction les couples homosexuels, non seulement de femmes mais aussi d'hommes, que l'on aura admis au mariage. Il semble bien que l'on n'ait pas considéré dans toutes ses conséquences, en l'adoptant, l'autorisation de la PMA par recours à un tiers donneur. La PMA entérinée, il semble bien qu'un jour la GPA bien encadrée ne puisse être écartée. Je n'exprime pas ici une préférence personnelle. Je réfléchis sur un glissement inévitable.

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