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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

DÉRIVE HUMAINE DU JEU

Publié le 29 Juin 2013 par Lesnen PetitsBois

Le jeu fait partie de notre existence. Selon le Robert, Activité physique ou mentale, gratuite, généralement fondée sur la convention ou la fiction, qui n'a, dans la conscience de la personne qui s'y livre, d'autre fin qu'elle-même, et que le plaisir qu'elle procure. Si l'on s'en tenait là, nos loisirs pourraient être plaisants.

On peut jouer seul ou avec d'autres. On peut s'adonner à un jeu, à un sport dans une perspective de compétition contre les autres et dans le dessein de gagner, d'arriver le premier ou, en tout cas, le mieux placé possible. On peut s'y livrer aussi en cherchant surtout une victoire sur soi-même, une amélioration constante de ses capacités personnelles. J'ai déjà traité dans ce blog (22 mars 2013) de l'esprit de compétition et de l'émulation.

Très vite, comme on le voit dans la suite des définitions du dictionnaire cité, l'argent est associé au jeu. «Organisation de l'activité ludique sous un système de règles définissant un succès et un échec, un gain et une perte» (Lalande); (dr.) contrat aléatoire par lequel deux ou plusieurs parties s'engagent à remettre une chose ou une somme d'argent à celui des contractants qui sera le gagnant. Se pose alors très vite la question de la loyauté et de la tricherie.

Dans le sport professionnel les enjeux financiers prennent une telle importance que les clubs constitués des meilleurs joueurs du monde, achetés au prix fort, tentent de récupérer leur mise par tous les moyens. Il faut gagner absolument. On s'y emploie de manière visible et dissimulée. Au football, un joueur tire, en cachette de l'arbitre, sur le maillot de l'adversaire ou il simule une chute, dont le concurrent serait l'auteur, pour le faire accabler d'une faute ou il frappe volontairement son rival jusqu'à la blessure, en feignant un accident tout à fait involontaire. Dans plusieurs sports, on se dope avec des produits indécelables, au moins au moment du podium.

L'attente des supporters et leur implication dans les équipes qui sont censées les représenter et auxquelles ils s'assimilent est telle que le spectacle du jeu devient, en certaines circonstances, un succédané de la guerre. Les provocations et insultes entre clans fusent parfois avant l'entrée en scène des compétiteurs et des agressions peuvent se déclencher sur les gradins et même sur la pelouse avant les fins de parties. Des batailles rangées éclatent dans les abords des stades ou parfois entre afficionados adversaires à la descente de leurs cars.

Les sociétés humaines vivent ainsi.. En elles un nombre appréciable de gens attendent des spectacles sportifs. Chacun de nous, un jour ou l'autre, même s'il ne s'y rend que pour faire plaisir à un fervent, joue des coudes à la barrière ou cherche sa place dans la cavea. Il serait stupide de dénigrer cet agrément. Pourtant, je me sens en droit d'exprimer une préférence pour des tournois entre des équipes locales, non professionnelles, de joueurs du cru, défrayés au minimum, animés par la passion de leur sport et gardant l'esprit du jeu, tel qu'il est défini en haut de page. Comme il serait divertissant de supporter comme représentantes de notre ville des équipes sportives de haute Bretagne, composées de natifs et de résidents (selon des critères à préciser) de la demi-province.

Existeront sans doute longtemps des spectacles sportifs de haut niveau, assurés par les joueurs les plus performants du monde, chèrement recrutés et rémunérés, entraînés jusqu'à la limite comme des moteurs de Formule I, dopés savamment, à l'insu d'eux-mêmes, des spectateurs et des contrôleurs. Que les amateurs d'arts gladiatoriaux y paient leur place.

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