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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

BÉGUIN ET AVERSION POUR UNE VILLE

Publié le 25 Juin 2013 par Lesnen PetitsBois

L'aversion inexplicable de Julien Gracq pour Lyon se lit p.205 de ses Lettrines, José Corti, 1967. L'écrivain a éprouvé par contre le charme de Roscoff. "On pourrait vivre ici." Il m'a heurté en notant : " En regard, la laideur de Paimpol m'a paru accablante, et capable à elle seule de rendre compte de la mortalité en mer si élevée chez les pêcheurs d'Islande : ils ne tenaient pas à revoir ça." (idem, p. 197) Pourtant, avant-hier, en Vendée, j'ai cru comprendre - un instant - Julien Gracq.

A la faveur d'une rencontre familiale dans la région de la Mothe-Achard, nous avons voulu revoir les Sables-d'Olonne avant la fête et la ville napoléonienne de La Roche-sur-Yon après le départ des invités. La ville des Sables - en tout cas hors de l'affluence du départ du Vendée Globe - se montre séduisante au visiteur le samedi matin, même sous un peu de crachin breton. Tout y est si coloré, si bien entretenu, si fleuri. Pour presque rien la mairie vous assure un parking à l'abri et on dirait qu'elle a même prévu pour vous les coups rythmés des klaxons d'un mariage. Vous pouvez fouler plusieurs rues étroites et piétonnes, bien nettes. L'église Notre-Dame de Bon Port, demandée par les habitants à Richelieu, évêque de Luçon, et achevée au XIXe s. seulement, présente des collections intéressantes. Sur le front de mer, la plage presque vide ce matin-là, vous la peuplez facilement grâce aux souvenirs que nous a laissés la télévision, à l'occasion du grand départ. La brasserie choisie vous sert largement le poisson, le muscadet est parfumé, le café n'est pas frelaté. "On pourrait vivre ici".

En regard, la première impression reçue de La Roche-sur-Yon nous a paru accablante. Nous avons atteint le centre ville difficilement, en raison d'une carence de la signalisation lors d'une arrivée par une immense zone industrielle et commerciale et d'une divagation dans des quartiers résidentiels encore moins renseignés. On n'a pas craint ici d'étaler les installations d'un indispensable développement et les habitations, au point de rétrécir les surfaces cultivables dont les humains auront grand besoin. Et le GPS ? Je relis Illich en ce moment - je vous en parlerai - et je ne voudrais pas perdre toute capacité à me guider avec ma petite boussole personnelle.

Enfin parvenu au centre ville, au tracé géométrique en forme de pentagone, le visiteur, qui ne dispose que de deux heures et veut saisir quelque chose de l'identité d'une telle cité, tombe au plus mal. Le centre de cette place stratégique voulue par Napoléon, que déçut son premier ingénieur, est en pleine réorganisation, en pleins travaux. Le touriste, en cette fin d'après-midi, peut être par avance allergique à Napoléon, à l'Empire et à toute ressemblance des monuments tardifs avec des temples grecs. Il semble que l'on ait affublé ici un rappel de leurs formes d'une lourdeur affligeante. Nous avons fait le tour de l'esplanade démesurée où domine la statue équestre de l'Empereur. Cette surface est ceinturée pour l'instant de grillages. Nous avons marché dans les principales artères qui en partent, nous avons repéré les édifices en les cadrant dans leurs perspectives. Nous nous sommes trouvés normalement exclus, un dimanche après-midi, de ces bâtiments, y compris de l'église Saint-Louis, bouclée comme s'il ne s'y déroulait plus aucun culte depuis vingt ans. Une ville qui vit - comme la nôtre en ce moment - est en chantier quelque part et il faut circuler malin, comme il devient courant de le suggérer. La Roche a tous les droits, comme nous, de se rénover et d'en prendre le temps. Nous n'étions pas là au bon moment.

C'est pourqouoi je refuse d'en rester à notre première impression. J'aimerais filer un autre jour à la Roche. J'aurais envie de voir ce qu'une telle réalisation impériale peut donner, une fois bien restaurée. On peut apprécier très peu l'aventure napoléonienne dans l'histoire de France et devoir pourtant la connaître. Et je me dis que le remarquable romancier du Rivage des Syrtes n'a pas dû voir grand-chose de Paimpol.

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