En relisant des notes exégétiques d'Abdias Shamgar, retrouvées dans son sac déposé en 1987.
Dans les Matins de France Culture, un expert attribuait récemment la mélancolie des Français à deux raisons principales. Je glose sur ce que je crois avoir entendu, sans prétendre être fidèle. La première raison pourrait être la perte de nos références traditionnelles, à savoir celles de notre héritage occidental judéo-gréco-chrétien. Comme je comprends ce motif, moi qui ai passé 20 ans à déconstruire mon legs culturel, qui s'effritait dans la mondialisation progressive et pas moins d'une douzaine d'autres à confirmer l'agnosticisme non militant aux rivages duquel j'avais abordé. La seconde raison de la dépression hexagonale devrait être rapportée à l'effondrement de la confiance des Français dans leur classe politique, divisée, impuissante, sans projet. La France, dans une Europe qui n'arrive pas à se constituer en un bloc capable de faire front aux autres forces vives du globe, serait en pleine récession, déjà entourée de circonvallations.
Vers 587-586 avant notre ère, durant le règne de Sédécias, les troupes de Nabuchodonosor assiégèrent Jérusalem. Considéré comme défaitiste, le prophète Jérémie fut interné dans la cour de garde du plais royal. Pourtant, en pleine déconfiture il accepta la proposition de son cousin Hanaméel de lui reprendre, moyennant 17 sicles d'argent, son champ d'Anatot, dont ce dernier voulait se débarrasser pour des raisons inconnues. Dans ce geste de folle confiance le prophète perçut, au delà du siège et de l'exil tout proche, la renaissance de son peuple. Un jour, après le malheur, de nouveau, on achètera des champs, on rédigera des actes devant témoins.
Les Français seraient dans une grande proportion pessimistes et miseraient très peu sur un avenir convenable pour leurs enfants. Pourtant, de manière étonnante eu égard à ce qui se passe dans d'autres pays européens comme l'Allemagne, les femmes françaises donnent naissance à des enfants, malgré le marasme, la faillite, le désarroi. N'est-ce pas qu'elles perçoivent la force invincible de la vie qui l'emportera au-delà d'un présent morose ? Comme le prophète, il y a si longtemps.