Peintures de guerre. C'est la signature de fresques murales urbaines agréables à découvrir, par exemple au bas de la rue Blériot, à proximité des lignes de la SNCF, sur les murs du parking récemment réaménagé. Toute la fraîcheur de l'enfance dans la variété mondiale de notre espèce. Un bonheur pour le passant. Je m'étais dit : "Pour combien de temps ?" Un discret commentateur avait déjà cru utile de taguer médias sous le joueur de flûte et peuple sous le chat qui figure son auditoire. On pouvait sourire de l'apostille. Mais bientôt se sont rués les barbouilleurs clandestins, celui qui a lourdement tracé partout le nom de Zorro et ses acolytes. Enfin s'est braqué le penseur politique inspiré, futur commissaire du peuple, pour imposer sa réflexion et apostropher les enfants dessinés, qui peuvent rêver de voyages face aux wagons qui défilent : "Regarde comme sont beaux les trains qui détruisent ta ville et ta vie." Même fureur maculante sur la fresque du Streetpark destiné par la Ville aux jeunes près de la Cité judiciaire pour leurs ébats de planchistes et autres virevoltes cyclistes. On n'inscrit pas son point de vue à côté, mais sur l'expression de l'autre. On écrase l'autre. Il ne doit y avoir au monde qu'une pensée, qu'un seul nom, qu'un seul dogme, celui du mitrailleur survivant.
Pour me reposer de cette violence destructrice de la diversité, tout en restant dans le thème de la guerre, je découvre avec plaisir quelques lignes d'anthologie dans les Croix de bois de Roland Dorgelès. Une escouade de soldats des combats de 14-18 se couche dans une écurie. Chaque bidasse se pieute à sa manière. "Soigneusement, comme il faisait toute chose, le petit Belin préparait son lit. Il étendait d'abord sa toile de tente, puis, en guise d'oreiller, il enfonçait sa musette sous la paille. Pour avoir chaud aux pieds, il les glissait dans les manches de sa veste, puis il s'enroulait dans sa large couverture pliée en deux et adroitement, comme un pêcheur lance l'épervier, il jetait sa capote sur ses jambes. Alors on ne voyait plus qu'un petit coin de figure satisfaite, par la lucarne du passe-montagne tricoté : Belin était couché." (Pp.24-25, édition de poche, Albin Michel, 1965)