Décidé à sortir quoi qu'il s'abatte du ciel et protégé sous un tom-pouce à l'oreille pendante, j'ai rencontré Ernesto au pied des Pyramides, près de la Cité judiciaire. Je l'avais reconnu de loin, à son air penché. Il se soutenait en s'appuyant sur sa canne dans la main gauche, mais progressait lentement en tenant dans la main droite un parapluie noir flambant neuf.
- Ernesto, vous avez bronzé ! Vous avez pris les eaux … Vous étiez à Dinard en juillet ?
- Coup de soleil sur un bateau-mouche qui m'emmenait de Westminster à la Tour de Londres. Et Ernesto a pointé son vieux bâton en direction de la Tamise.
- Londres ?
- Ici, on ne vend que des parapluies fabriqués en Chine. Je n'ai rien contre les Chinois, mais au premier coup de vent, l'armature d'un parapluie bricolé en Asie est déglinguée. Ici, on ne trouve plus que de la marchandise foireuse à bas prix. Je voulais un vrai parapluie britannique. Le parapluie, c'est comme une Rolls. Un bon pébroc, vous n'en trouvez de convenable que chez les Anglais.
- Canne et parapluie, vous bravez les orages de ce mois d'août, après un juillet superbe en Bretagne. Vous allez être un "expert en averse", prêt à offrir "un p'tit coin d'paradis" !
- Je rode mon pépin. J'arrive de Gergovie, j'ai fait trois fois le tour du jardinet.
- Enfin, Londres, c'est une expédition … pour un parapluie … difficile à avaler …
- J'ai pris, en cachette de ma fille, un billet dans une agence, pour quatre jours à Londres, en partant d'ici en car et par le tunnel de la Manche. Mes rhumatismes m'en ont fait voir de toutes les couleurs, mais je tiens mon riflard. Je vous laisse, je voulais vous parler des corbeaux de la Tour de Londres, mais ce sera pour une autre fois. La grêle nous est promise par radio Armorique.
Il me tarde de retrouver Ernesto sous le soleil, au hasard d'une courte balade dans le quartier où Vercingétorix et Postuminus ont coché leur célébrité. Maintenant que j'ai pu admirer le glorieux objet de son secret désir.