Je suis en terminale. Même si je ne vois aucune urgence à rentrer au port, je me sais en train de tirer les derniers bords pour le rejoindre. Alain Resnais devient mon modèle. On dit qu'il préparait encore un long métrage après Aimer, boire et chanter, dont nous avons tant goûté la saveur, le 20 avril dernier, au cinéma l'Arvor.
Je n'ai jamais abordé sur mon site, Un Tracé dans l'incertain, la question de la santé et des thérapies. J'ai envie de le faire ici en deux livraisons. Difficile de donner un peu de crédibilité à ses propos, si l'on n'a pas pris conscience du lieu d'où l'on parle. D'où parles-tu ? Une telle mise en situation était requise à cor et à cri durant les années 70 du siècle précédent. Elle s'impose particulièrement sur un tel thème, tellement les expériences sont variées.
Un parcours personnel de santé. - J'ai bénéficié d'une santé convenable jusqu'à l'âge de 70 ans. Je n'ai été atteint jusque-là, après les inévitables petites misères de l'enfance (otites, maux de dents, coqueluche et rougeole), que par des grippes banales et quelques affections mineures, dues au stress ou à un emploi du temps trop chargé.
A l'aube de mes 70 ans mon médecin traitant, l'œil sur son tensiomètre et des analyses dont je n'étais pas coutumier, m'a proposé de réguler la pression de mes artères par médicament. Il m'a également ordonné de prendre à partir de 77 ans des remèdes, satisfaisants jusqu'ici, pour juguler l'adénome prostatique et vers le même âge de faire surveiller l'évolution de mes reins par un spécialiste.
C'est à l'approche de mes 82 ans que je suis vraiment tombé malade au point d'être hospitalisé d'urgence. En effet, une opération sur des veines qui m'avait retenu quatre jours en clinique vers la trentaine n'avait été pour moi qu'une retouche sur une pièce à peine défectueuse. Il ne vaut pas davantage la peine de compter l'opération très maîtrisée de la cataracte qui s'accomplit en ambulatoire (pour moi à 69 ans sur un œil et sept ans plus tard sur l'autre).
Hormis les visites nombreuses et parfois les aides plus importantes requises par la fin d'une vie, faites au cours de mon existence à des membres de ma famille et à des amis hospitalisés, il m'est arrivé d'intervenir sur le thème du mal, de la souffrance, de la guérison dans des milieux en cheville avec la religion, lors de sessions de professionnels et notamment en milieu psychiatrique.
La fréquentation amicale des dissidents. - Tant que je n'ai pas éprouvé d'affection vraiment handicapante, bien des fois j'ai écouté des amis, adeptes de techniques parallèles et j'ai même éprouvé leurs conseils pour l'amélioration du quotidien. Certains d'entre eux, qualifiés en médecine courante, sont devenus fort critiques à son égard. Ils m'ont vanté les bienfaits des plantes et de toutes sortes de graines, de leurs extraits, de l'argile. J'ai mangé à la table de végétariens pratiquants et digéré avec difficulté certains de leurs assemblages. J'ai essayé des tisanes quasi miraculeuses et quelques gouttes d'huiles essentielles. J'ai consommé du pollen et usé de la merveilleuse propolis désinfectante des abeilles, déjà utilisée par les Egyptiens pour embaumer et emportée par les soldats romains dans leur paquetage. J'ai entendu chanter les vertus du magnétisme et de l'usage du pendule. J'ai vu un jour avec amusement un jésuite qui testait tous les plats apportés à sa table en scrutant les oscillations de son objet fétiche.
Malgré les exhortations, sans doctrine personnelle sur le sujet, je n'ai jamais recouru à l'homéopathie. Bien sûr, je ne suis pas naïf et je sais que l'industrie pharmaceutique connaît comme toutes les choses humaines ses déviations.
Pour conclure sur ce champ parallèle à la médecine officielle, mon comportement était tributaire de l'immense sympathie que j'entretenais à l'égard de tels amis qui me semblaient en partie les héritiers des remèdes de bonne fame, comme titrait l'un d'eux, assez latiniste pour cela, sur un opuscule voué aux potions traditionnelles. Les mixtures opérantes des "bonnes femmes" de nos contrées comme les formules des guérisseurs du monde entier ont été en partie éprouvées avec discernement par des pharmaciens patentés et ne sont aucunement l'objet du mépris de tous les scientifiques aujourd'hui. Ma sympathie pour les amants de la nature s'enracine aussi dans mes origines paysannes et mon intérêt assez romantique pour les saisons, telles que je les ai célébrées dans l'Arbre de paradis et mes Lettres d'amour à Héloïse.
Héritier pourtant du rationalisme maternel, devant la dissidence par rapport à la médecine courante, j'ai toujours conclu ainsi : "Tout cela, c'est très bien et ça ne peut peut-être pas vous faire de mal, mais le jour où vous êtes pris sérieusement, vous allez tout simplement consulter un médecin, docteur d'une faculté de médecine, pour soulager vos souffrances et en supprimer si possible les causes."
Une première véritable hospitalisation à 82 ans. - C'est ce qui m'est arrivé et de façon fort étonnante. Vengeance immanente de la profession contre un acteur qui, à 17 ans, interprétait le Malade imaginaire ? J'en ai ri sur le coup. Fin septembre 2011, à deux mois de mes 82 ans, après un mois d'insomnie due à des douleurs rhumatismales d'un nouveau genre, j'ai constaté l'inefficacité des onguents prescrits par mon médecin généraliste, avec qui j'avais entretenu pendant près d'un quart de siècle, des relations fort cordiales. Je me suis heurté à son refus de m'adresser à un rhumatologue : "N'oubliez pas que vous avez plus de 80 ans ! Vous n'avez pas le masque de la douleur ! Un rhumatologue ne vous fera rien de plus que moi ! Une nouvelle analyse de sang ne va rien vous révéler de plus que celle que je vous ai ordonnée fin juillet et rien n'a pu se déclencher de grave en si peu de temps !" J'ai fini par lui arracher un papier et la permission de me présenter aux Urgences du CHU, où l'on s'est étonné. On m'a découvert une inflammation sérieuse (pseudo-polyarthrite-rhizomélique). J'ai été hospitalisé sur-le-champ pour une quinzaine. J'ai ensuite été accompagné au Cortancyl durant 22 mois pour me débarrasser de cette affection connue aussi sous le nom du syndrome de Forestier.
La question m'est alors venue : qu'est-ce qui fait que l'on tombe malade ? J'ai donc répondu pour mon compte, en patient apparemment ou momentanément guéri et sans autre compétence dans le domaine, ce qui va suivre dans ma prochaine livraison.