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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

SANTÉ, MÉDECINE, THÉRAPIES DIVERSES (2)

Publié le 28 Avril 2014 par Lesnen PetitsBois

A partir d'une première hospitalisation vraiment tardive, j'ai voulu répondre à cette question : pourquoi tombe-t-on malade ?

L'être humain, un tout très unifié pour un temps. - Une précaution préliminaire sur la conception à laquelle je suis parvenu, à l'égard du sujet, de l'individu humain. J'ai abandonné la représentation encore ancrée dans pas mal de têtes en Occident selon laquelle un être de notre espèce est composé d'un corps et d'une âme. Ma formation première m'avait éloigné de l'anthropologie platonicienne et livré à l'hylémorphisme d'Aristote, repris par Thomas d'Aquin. J'admire les cathédrales du Moyen Age et la Somme théologique du savant dominicain, mais je suis partisan d'une architecture qui prend en compte l'évolution accomplie au cours de l'histoire. La distinction encore traînée partout entre ce qui est physique et ce qui est psychologique, ce qui serait somatique et ce qui viendrait des régions de l'âme, ne me paraît plus pertinente. Je perçois l'être humain comme un tout unifié dont on peut distinguer trois aspects fondamentaux : une masse, de l'énergie, une information qui organise le tout en un vivant unifié transitoire. J'ai été heureux récemment de découvrir que F. Roustang niait la distinction entre corps et esprit et insistait fortement sur l'unité de l'être humain.

Je vais maintenant me livrer à une représentation simplifiante de la maladie et de la guérison. Amateur de la réflexion globale, mais au plan de la pensée piétonne du tout-venant, puisque je n'ai aucune autre compétence dans le domaine que celle d'avoir été une fois sérieusement malade, je pars d'une évidence : nous appartenons à un grand ensemble dans lequel les individus survivent passagèrement. Tant que l'on vit et dès qu'il est question de maladie et de thérapie, on peut se demander pourquoi au cours de l'existence on tombe malade, pourquoi on ne se sent pas bien, pourquoi on souffre. J'en perçois trois raisons et je classe les déficiences de la santé en trois catégories. Deux d'entre elles me paraissent relativement faciles à éclairer. Pour la troisième, c'est une autre affaire.

Des causes structurelles : des déficiences originaires, génétiques, héréditaires. - Nos handicaps sont plus ou moins visibles, plus ou moins prononcés, mais ils peuvent se révéler à l'examen comme des défauts de fabrication. Comme une déficience génétique au départ. Dans telle famille l'AVC survient plus fréquemment que dans la moyenne, dans une autre le cœur est fragile ; ici, c'est le foie ou les reins ou les articulations ; dans cette lignée, plusieurs hommes se sont révélés stériles ; on peut découvrir aussi des causes génétiques à la stérilité féminine.
Dans chaque civilisation par les moyens techniques en cours à l'époque, on cherche comment corriger, réparer, fertiliser, prolonger la vie de ceux qui sont menacés depuis l'origine. Le terme de certaines vies peut être attribué assez clairement à l'usure d'un organe plus faible que les autres depuis la naissance. Cela n'empêche pas parfois les bonnes surprises dans le cas d'une surveillance appliquée à la fois du patient et des médecins.

Des causes accidentelles attribuables au milieu en partie favorable, en partie hostile. - Qui travaille sous un volcan, roule sur les routes, grimpe sur des échafaudages, travaille dans un milieu où des produits de la nature, extraits par l'homme ou bricolés par lui, sont employés mais dangereux, comme l'amiante, peut subir un accident immédiat ou voir se révéler à plus ou moins long terme les effets d'un contact avec une substance nocive. Certains médicaments utiles pour soigner une affection peuvent produire des effets pas du tout secondaires et désastreux sur certains sujets. La nourriture tirée du milieu, même si elle paraît à première vue suffisante, peut laisser subsister des carences ; l'éducation alimentaire peut être tellement rudimentaire que la manière de se nourrir conduit certains individus plus vite à la tombe que d'autres, bien éduqués. Dans ce champ aussi , un certain nombre de vies s'achèvent brusquement ou à petits pas, mais en liaison évidente avec une cause accidentelle.
Sur l'éducation, il convient encore de rappeler que l'homme est un être mu par le désir. L'éducation peut réguler des tendances, mais certains sujets, soit par manque de formation, soit par déficience structurelle originaire, peuvent dévoiler un penchant à abuser de certains produits de l'homme élaborés à partir de la nature ou synthétisés, comme l'alcool et diverses drogues.
La médecine telle qu'elle est pratiquée dans chaque civilisation répare les accidents de la vie de son mieux en fonction de ses progrès. Cela est presque toujours allé des invocations croyantes à des techniques plus ou moins spécialisées, en passant par la mise en œuvre des deux conjointement.

Pour conclure face aux causes structurelles ou accidentelles de la mauvaise santé, on peut dire que chaque sujet intéressé par sa survie, cherche la guérison et sa réintégration aussi rapide que possible dans le circuit des bien-portants, dans la mesure compatible avec son bagage personnel. Certains handicapés lourds de naissance parviennent même à d'étonnantes réussites, voire à des performances.

Des causes au diagnostic délicat, traitées de mille façons : les difficultés à vivre. - A côté des deux causes présentées ci-dessus de maladies et d'accidents assez facilement identifiables dans le monde actuel, voici une troisième catégorie qui donne lieu à des diagnostics subtils et à des thérapies fort diverses.

Il s'agit à certains moments de la vie de difficultés, de souffrances, de "somatisations" selon certaines expressions de l'anthropologie dualiste, de dépressions, de "burnout" (syndrome d'épuisement professionnel), de tensions insupportables qui se révèlent aussi à notre époque chez des personnes qui ont perdu tout emploi et ne trouvent plus nulle part la moindre reconnaissance. De tels embarras se traduisent en symptômes divers. On a mal ici ou là. La gêne se reporte d'un endroit dans l'autre, sans que les analyses ne permettent une clarification, sans que les outils les plus sophistiqués actuellement en service ne révèlent des déficiences caractérisées en tel ou tel organe. "Ils ne me trouvent rien de précis, mais moi je ne suis pas bien."
Je ne nie pas qu'à la longue le fonctionnement d'un organe puisse être gravement touché, mais j'assimilerais volontiers ces malaises à une sorte de grève honorable qui se déclenche à certains tournants de la vie, parfois dès la jeunesse, au midi de l'existence et aussi lorsque la sortie s'annonce pour un acteur. Ces troubles seraient une manière de faire comprendre à l'entourage, qu'il soit familial, conjugal, patronal ou autre, que l'on n'en peut plus, que la vie ne peut continuer de se dérouler comme cela, qu'il faut prendre des décisions. Les symptômes sont indubitables, les souffrances sont ressenties. Un arrêt signé par le médecin est alors reconnu par la société. Une telle situation permet parfois de tout reprendre à zéro. De s'orienter autrement.

Face à ces situations, des interprétations extrêmement diverses sont apparues au jour et des thérapies variées ont été mises en œuvre au cours de l'histoire. Ici des guérisseurs en connivence avec les religions sont intervenus. Ailleurs, surtout en tenant compte de la progression de la sécularisation, des écoles ont élaboré des interprétations et des thérapies opérantes. Ainsi la psychanalyse a connu ses heures de gloire, voire de domination excessive. Sans avoir eu besoin de m'allonger sur le divan, je reconnais que sa vulgate d'interprétation des liens familiaux m'a beaucoup éclairé. Aujourd'hui, la psychanalyse a été sinon détrônée, au moins relativisée et l'on s'adonne plus volontiers, pour ce troisième champ de ma classification, à des thérapies courtes.
La mondialisation progressive a introduit sur le marché une infinité de techniques, dont certaines sont partiellement mises à contribution par la médecine officielle elle-même. La présence dans ce champ d'authentiques chercheurs et de vrais charlatans n'étonne pas les observateurs de la vie humaine. Certains tentent toujours de tirer profit de la misère des gens. Les méthodes inspirées de l'Orient peuvent servir d'appât comme elles peuvent apporter de véritables soulagements. Je ne vais pas reprendre ici un marronnier des magazines, qui consiste à évaluer périodiquement les différentes méthodes.
Je précise seulement qu'après avoir lu et présenté F. Roustang et son choix final de la thérapie brève en lien avec l'hypnose et à l'invitation de mon ami Pierre, j'ai traversé l'ouvrage de Milton H. Erickson, Ernest L. Rossi et Sheila I. Rossi, Traité pratique de l'hypnose, La Suggestion indirecte en hypnose clinique, Grancher, édition fr. de 2006. Il est évident que je n'ai rien à faire dans un tel ouvrage qui s'adresse à des praticiens avertis.

Une compréhension toute personnelle. - Le jeune plant qu'est un sujet humain est d'abord mis en selle par sa famille, ses éducateurs, son milieu, les événements qui l'atteignent. Avec plus ou moins d'enthousiasme il s'oriente, il se lance dans la vie. Une proportion de gens, que je ne saurais dénombrer, trouvent ainsi une voie satisfaisante et quelques-uns une solution passionnante de réalisation personnelle.

Mais, parfois dès le début, plus généralement en avançant dans la vie, de nombreuses personnes se découvrent une ligne dans laquelle elles seraient bien mieux dans leur peau que sur le chemin des commencements dont elles ressentent qu'il leur a été indiqué à tort sinon imposé. Il leur faut parfois du temps pour parvenir à la prise en main de leur propre destin, pour se mettre réellement à leur compte. Mais voilà qu'au moment où elles tentent de s'engager dans cette voie plus personnelle, elles peuvent se heurter aux projets de parents, voire de toute une famille sur elles, notamment si elles sont encore jeunes. Plus tard, quand elles ont déjà porté plus longuement le harnais, elles butent contre les impératifs des entreprises ou des associations diverses dans lesquelles elles sont depuis leur jeunesse inscrites. Dans le travail professionnel auquel elles se sentent pour ainsi dire attelées, il se peut qu'elles ressentent un tel malaise, un tel désaccord entre leurs obligations à l'ouvrage et leur être profond, sans pouvoir pourtant pour le moment se carapater, qu'elles ne savent plus comment faire comprendre que le plan que l'on a sur elles leur répugne. Alors il se pourrait bien que la maladie constitue une sorte d'acte de résistance plus ou moins conscient pour faire comprendre habilement que rien ne va plus, qu'il convient de faire le point et de repartir autrement.
Alors interviennent ici toutes ces formes diverses de diagnostic et de thérapie qui permettent au sujet de trouver dans d'autres instances que la famille (pourtant parfois une niche fort secourable, mais pas dans tous les cas) ou les organismes qui le contraignent (entreprises, structures diverses ) dans lesquels il s'est investi sans maturité, c'est-à-dire sans avoir déjà conscience de son chemin, de son destin personnel, une écoute, une clarification objective d'empêchements internes, un secret nécessaire, une impulsion, une recharge des batteries, à l'abri des objurgations d'un milieu qui ne le comprend plus.

Dans ses parents et plus largement dans ses maîtres chacun trouve à la fois le modèle dont il intègre de bon cœur ou malgré lui un certain nombre de traits et en même temps un moule trop astreignant qu'il doit refuser pour devenir lui-même. Lorsque la crise intervient dans la vie, seuls les professionnels auxquels son chemin l'a conduit peuvent lui procurer l'espace d'une décision correspondant à sa personnalité, à sa vérité. Mais les thérapeutes ne sont eux-mêmes que des appuis, des auxiliaires qui éveillent et favorisent le oui de la volonté du patient, sans qu'il leur appartienne de le prononcer. Selon les époques, les milieux et même les modes, chacun se dirige vers ceux à qui il peut exposer sa souffrance. Heureux donc qui peut faire le point avec des guides désintéressés et en leur présence reprendre son sac.

En conclusion. - J'ai publié une Confession il y a bien longtemps et je ne la prolongerai pas. Je vais garder pour moi l'explication de ma maladie tardive, maintenant guérie par la cortisone aux yeux de la faculté. Ses dessous restent sibyllins. Il faudrait chercher soit du côté de la fragilité héréditaire, mais je ne connais aucun précédent dans la famille, soit en direction d'un virus. En tout cas, si elle a trouvé à mes yeux l'explication de son déclenchement, la représentation que j'en ai dessinée ne fait pas partie des certitudes qui restent à l'agnostique !
La fin d'hommes célèbres, fauchés debout à un âge avancé, nous captive en province. Lévi-Strauss, centenaire, était encore à l'ouvrage. Stéphane Hessel a milité jusqu'au terme. Alain Resnais, après Aimer, boire et chanter, était donc occupé à un nouveau long métrage. A chacun son destin et son pas final.

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