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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

LE MARCHÉ DES LICES COMME UN MUSÉE

Publié le 2 Avril 2014 par Lesnen PetitsBois

C'était à Souillac. Il y a de nombreuses années. Avant de reprendre la route, de bonne heure, nous nous sommes rendus au marché, recommandé par l'hôtelier. Un enchantement sous le soleil renaissant. Géométrie et couleurs (à la Mondrian, dirait mon ami Pierre), fragrances, fumets. Nous n'avons presque rien acheté, mais le souvenir de cet instant persiste en ma mémoire comme une sorte de projection indélébile du paradis terrestre.

Au marché des Lices, ce 29 mars 2014, je suis arrivé à 9 h, en quête d'une acquisition bien précise. Mais j'ai été ravi d'emblée par un retour édénique au marché de Souillac. J'ai pourtant voulu acquérir immédiatement la pintade convoitée. Pas cet oiseau qui n'a que la peau et les os et comme il s'en trouve chez les volaillers courants, mais une belle pièce. Je ne l'ai découverte que chez les bios, d'excellents professionnels au superbe étalage. Pour un prix astronomique. A cette heure-là, j'étais leur seul client, tandis que des files se formaient chez leurs concurrents. Une fois dans la vie, ça va. Et ce sera au détriment d'un passage au restaurant. Que mes amis attachés à leurs achats de proximité ne s'en offusquent pas, mais je ne vois pas dans cette folie d'un jour l'avenir d'une terre de bientôt 9 milliards d'habitants rassasiée. En tout cas, après avoir ainsi déboursé, je devais résister à toutes les sollicitations du plus rusé des animaux, qui serpente au récit de la Genèse.

Alors j'ai flâné sur cet apport du samedi matin sous le soleil encore rasant, comme si j'avais visité un musée. Quelle superbe installation : horizontalité et couleurs croisées des légumes, des fruits, des marchandises ; verticalité des étaliers et des chalands. Oui, Pierre, c'était bien proche de Mondrian, auquel tu prétends référer le rangement de mes neurones. Quel goût de la vie s'éprouvait là ! Quels tableaux ! Parfois - pas toujours, quand même - quelle misère de certaines expositions de l'art contemporain en comparaison de cette création collective. Je me suis retrouvé chez Rabelais : le pauvre y agrémente son quignon de l'odeur du poulet du rôtisseur et paie du tintement des quelques pièces qui restent en sa possession ; ainsi la peau de mes doigts, mes yeux, mes narines, mes oreilles, se rassasiaient des exhalaisons, des parfums, des bigarrures, des cris, des marchandages, des douceurs et des rugosités du marché.

Et cette pintade élevée en plein air ? Un produit breton succulent et qui a tout à voir avec la peinture.

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