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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

BERGERONNETTE DE MES AMOURS

Publié le 28 Décembre 2013 par Lesnen PetitsBois

Ce 28 décembre, entre lumière et ombre, le jardin de la Confluence, en cours de gésine, est pris à la gorge. Entre la Vilaine si grosse et le membre sauvage de l'Ille. Débordé par les obligations festives, le blogueur revient sur la semaine d'avant.

Le 20 décembre, c'était le dernier jour de l'automne. Dans un ciel tout bleu, le soleil s'attardait. Insolent, comme un centenaire en pleine forme. L'étanchéité de la dalle claire a été restaurée par la Ville, il y a quelques années, sur les deux étages du parking souterrain. Aucune jardinière n'a été rétablie jusqu'à ce jour. Après l'averse nocturne, de minuscules mares éparses.

A dix pas de la double entrée du donjon de béton armé, ceinturé d'un vitrage, une bergeronnette hochait la queue avec élégance. Puis elle trottinait entre les flaques, avec des accélérations inouïes. Pour des arrêts, si courts, marqués d'un ou deux coups de bec. Aucunement impressionnée par les gardes du quatrième étage qui la tenaient à l'œil sur leur écran. Si peu touchée par l'ouverture des doubles herses de verre à glissière. Si ignorante du code. Si près des passants qui faisaient leurs courses à l'approche de la grande fête qui fonde l'ère commune. Pas si loin de la fête foraine qui clamait, beuglait et vociférait.

Une bergeronnette, motacilla alba, tellement différente du rouge-gorge. Ce dernier a toujours l'air de vous dire : "Je ne suis pas de votre noblesse. J'irai me poser sur le meneau de votre croisée, quand vous serez au large. J'y laisserai ma signature. Je suis un familier discret. De père en fils." La bergeronnette ignore tout complexe. Elle ne craint pas la grêle des flèches tombant des archères. C'est l'hirondelle joyeuse d'automne et d'hiver.

Ce que certains nomment la nature fait ici de saison en saison un retour triomphant. Bonheur de jeunesse : la bergeronnette, auprès du lavoir et des lavandières. Bonheur du vieux citadin : la bergeronnette au pied de son immeuble. Oiseaux approchés, admirés, protégés, aimés.

En longeant, le lendemain, Mykérinos, Kephren et Khéops, sous un ciel gris, mais sans la pluie annoncée, dans la douceur du vent qui emportait les feuilles attardées, j'ai croisé Ernesto. Ce 21 décembre, premier jour de l'hiver, il m'a parlé de la météo, science papillon, petit cinéma admirable sur les écrans après le JT et la publicité. Il allait à Gergovie pour en faire quatre fois le tour. Un rite. Quatre tours, au passage de la ligne, pour honorer les saisons.

Il m'a raconté que le 3 décembre, il avait eu une nouvelle vision. Il restait peut-être au prunus le trentième de ses feuilles, clairsemées, ici ou là groupées comme un dernier carré avant la victoire du froid, colorées en jaune lumineux, avec des traces de marron. Eh bien, en même temps, le prunus avait laissé éclore quelques fleurs : le printemps dans l'automne ! Mais Ernesto se désolait un peu aussi. Le jardin de Gergovie venait d'être bichonné. Trop urbain depuis peu, Gergovie. Puis Ernesto leva à moitié sa canne vers le ciel : "Les Perses sont en train de modifier le cours de l'histoire, vous m'avez compris ?"

Ce premier jour de l'hiver, les fleurs du prunus avaient toutes disparu, mais déjà des bourgeons se montraient. Bien imprudents, depuis que l'if protecteur est à claire-voie, depuis le grand coup de sabre. Vive le vent, vive le vent, vive le vent d'hiver.

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