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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

PLAIDOYER POUR UN ARBRE À GERGOVIE

Publié le 14 Octobre 2013 par Lesnen PetitsBois

Ernesto n'en revient pas. Ces sortes de désastres surviennent. Il y a des raisons. Les branches du grand if de la propriété voisine débordaient sur le petit jardin public de Gergovie. Mais, souvenez-vous, ce grand if avait si bien protégé, durant l'hiver 2012-2013, l'unique prunus du lieu que celui-ci s'était paré comme d'une robe nuptiale le lendemain de Noël (Blog du 29 décembre 2012). Ernesto avait chanté le miracle, qu'il attribuait à la protection des vents du nord, assurée par le grand if.

Le grand if, qu'en est-il advenu pendant qu'Ernesto vaquait durant l'été au jardin de sa campagne ? Imaginez. Un géant est passé, avec une épée magique. D'un seul coup, il a tranché tout ce qui débordait sur le petit jardin public. Oh, il y a sûrement des raisons. Dix raisons, le droit, les baies de l'if sont dangereuses pour les enfants. D'autres motifs plus déterminants peut-être. Ernesto, lui, ne veut pas s'enquérir davantage. Il ne veut demander de comptes à personne. Il déplore amèrement la perte du feuillage qui dépassait. Quand on écoute les vrais responsables, qui y ont réfléchi, on entend toujours des raisons raisonnables. Mais quel dommage, ce coup de sabre. Cette guillotine. Ernesto a regardé une tourterelle se poser sur un rameau mutilé, des mésanges hébétées comme le sont les humains après un tremblement de terre en Iran ou en Chine. Les chers oiseaux, voici toutes leurs fenêtres brisées. Comme dans un immeuble de New-York ou de Tchétchénie, après un attentat. Quels conflits … entre les intérêts des vivants … parfois.

Avant cet événement, Ernesto voulait envoyer une supplique. Il n'en a pas le courage aujourd'hui. On avait conservé un vieux pommier sur la petite pelouse de Gergovie. Il est mort, il a fallu l'évacuer. Ernesto, quand il s'assied, parfois au milieu des pensionnaires des Bruyères, se retrouve face à un immeuble. Un bel arbre quelque part sur la pelouse ferait oublier un instant les bâtiments, la ville. Une ville qui a su si bien réintégrer la nature en son sein, jusqu'à éclipser son ciment par des taillis capables de réveiller des légendes.

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