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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

LA VIE D'ADÈLE

Publié le 18 Octobre 2013 par Lesnen PetitsBois

Vu la dernière Palme d'or de Cannes, le dimanche 13 octobre, à la séance de 14 h. Tout simplement pour découvrir où en est arrivé le cinéma primé. Tout Rennes court battait son plein. Nous avons traversé gaiement la place populeuse. Nous n'allons guère que deux ou trois fois par an nous asseoir devant un grand écran. La dernière fois, c'était le 7 avril au TNB pour le Camille Claudel, 1915 de Bruno Dumont, une terrible affaire de famille, déstabilisante pour le fervent de Paul Claudel que je demeure. Ce sont les œuvres d'artistes souvent en tension, en crise, voire en rage que l'on aborde au musée, dans les livres, au théâtre, à l'écran : les sculptures de Camille Claudel, les pièces et les poèmes de Paul Claudel, les films d'Abdellatif Kechiche. Comme ce dernier l'a dit à Telerama, "Il (le spectateur) vient, lui, pour voir le spectacle, et qu'importe notre cuisine !" Il s'agissait bien pour nous de rencontrer son œuvre, en oubliant les remous qui ont précédé sa sortie.

Nous avions enregistré et apprécié sur notre petit écran La Graine et le Mulet de Kechiche, une peinture bougrement vivante, instructive, du milieu émigré.

La Vie d'Adèle tient presque trois heures. C'est la première qui paraît la plus longue. Ensuite, on n'a pas tellement envie de savoir comment ça va finir, mais l'inclination pour le film se développe en vous au fur et à mesure de son avancement. Très bon signe. Les acteurs tiennent parfaitement leur rôle. On assiste au déroulement d'une aventure bien de notre temps. Une narrativité classique : les événements s'enchaînent selon une temporalité sans surprise.

Rien de révolutionnaire, semble-t-il, non plus dans la façon de filmer. Plutôt rassurant. A quoi bon épater la galerie avec des effets pour collégiens qui viennent d'inventorier un logiciel de montage, puisqu'on n'est pas dans le champ de la science-fiction ? Une quantité considérable de gros plans. Des images splendides. Normal, les cadreurs connaissent leur métier. Les corps à l'œuvre sont de vraies sculptures.

Les corps à l'œuvre ? Le réalisateur ne se contente pas de suggérer - ce qui nous suffirait. La première fois ça traîne assez. On craindrait la répétition. Heureusement les autres occurrences sont plus brèves et finalement le film en l'état se supporte bien jusqu'au bout y compris sous cet aspect.

La description sociale, elle aussi, semble presque convenue. Lorsque l'on fréquente un peu les vernissages d'art contemporain à Rennes, on se retrouve assez bien dans le petit monde représenté à l'écran par la femme peintre qu'interprète Léa Seydoux. Le milieu moins branché d'Adèle (Exarchopoulos), avec sa cuisine, son école, ses questions, son réalisme peut faire cliché, mais c'est bien cela dans l'existence. On est tout à fait dans l'époque, s'il s'agit de représenter une tranche de vie au cinéma. Le film a été primé à Cannes en pleine fièvre du débat sur le mariage pour tous. Depuis, même dans la campagne bretonne, vous pouvez vous retrouver invité au mariage de deux filles ou de deux garçons. Le film met en scène une histoire d'homosexualité féminine bien de notre temps et avec sa crise comme dans la vie de beaucoup de couples.

Au point de vue invention proprement cinématographique, à bien y repenser, on reste un peu sur sa faim. Je pense avoir été plus touché par La Graine et le Mulet. On aimerait voir les deux ou trois films qui auraient également pu l'emporter. Finalement le cinéma d'autrefois nous a davantage éblouis.

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