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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

WEEK-END À PARIS

Publié le 10 Juin 2013 par Lesnen PetitsBois

Le provincial octogénaire sort à peine d'un traitement de deux ans. Deux jours de vie parisienne peuvent le renseigner sur ses capacités à honorer, une prochaine fois, un rendez-vous, pour un vif débat, avec des amis très chers, à la Coupole ou ailleurs : Sur le passé algérien, Amrouche / Camus : la confrontation.

Le prétexte de ce test était l'AG d'une Association d'Anciens et Amis d'une Ecole Française du Proche-Orient et la conférence donnée à cette occasion. L'exégèse a-t-elle bougé depuis un quart de siècle ? Au-delà des divers sens valorisés par la recherche médiévale (littéral, allégorique, anagogique, plénier) le travail sur les textes canoniques a débouché depuis Richard Simon au XVIIe s. sur une pluralité de sens. A partir du XIXe s, grâce à l'archéologie et au développement de la science historique, la dispute sur le sens premier est devenue un véritable combat de crise. L'invasion des sciences humaines dans l'interprétation, au cours des années 60 et 70 du XXe siècle, a largué à son tour une averse de significations. L'herméneutique de la Bible ne semble pas s'enrichir aujourd'hui, sous l'effet de la mondialisation récente, de la mise en présence et à vif de pensées religieuses divergentes. Chacun y reste sous son dôme un peu comme les pays européens se replient sur eux-mêmes au lieu de forger dans l'urgence une réponse puissante à l'irruption des émergents.

Moi, Caravage, de Cesare Capitani, mis en scène par Stanislas Grassian, au théâtre de la Gaîté Montparnasse, plus vu que bien entendu par l'octogénaire non appareillé, est captivant par le travail de la lumière sur deux corps. La gestuelle de ceux-ci restitue sans chevalet, sans toile, sans pinceau l'itinéraire mouvementé et créatif d'un peintre bien représenté à Saint-Louis des Français de Rome.

Se réveiller dans un hôtel à Issy, en pleine panne de courant, un dimanche matin, vous donne une idée de ce que sera la prochaine guerre, pas du tout conventionnelle, mais informatique. Plus d'eau chaude, plus de lumière, plus de café, plus de paiement par carte (avez-vous des billets de banque ?). On se demande si le métro va rouler. A vos batteries pour les dernières infos ! On n'aurait voulu manquer cette défaillance pour rien au monde, tellement ça prédit l'avenir. C'est comme, pour la première fois de votre vie, une douzaine d'heures passées aux urgences d'un hôpital, à 81 ans, avant que l'on ne vous trouve un lit. Après coup vous vous dites : Il fallait que j'éprouve ça. Allez, n'ayez pas peur. Edgar Morin, cet homme qui connaît les secrets des nœuds entre les parties des ensembles, avoue - et j'adhère à sa parole : "Le pire n'est pas certain."

Faute de courant à Issy, petit déjeuner à Denfert-Rochereau dans une brasserie. La jeune serveuse de type asiatique est délicieuse. Les brasseries parisiennes, le provincial cultureux n'y trouve pas la fine gastronomie des connaisseurs des lieux, qui mangent très bien pour pas cher, mais il y apprécie l'ambiance. On est serré, on entend tout de ce que racontent les jeunes voisins. On réanime le bon vieux temps des études si lointaines …

RON MUECK, à la Fondation Cartier. Dans tous les vernissages d'ici, ils nous avaient dit : Ne manquez pas ça ! Ron Mueck, une heure de queue, après les croissants, le bon pain beurre et le café au lait à Denfert. Non, non, Ron Mueck, ça n'a rien à voir avec le musée Grévin. Pourtant, votre serviteur au Grévin, en compagnie de Henri Salvador, c'était tellement ressemblant sur la photo ! Devant la peau des corps humains restituée par les outils de Ron Mueck, un dermatologue serait berné. Une fidélité excessive, mais jamais à l'échelle. Des corps immenses ou réduits. Gulliver ou des Lilliputiens. Je reviens sans cesse devant la petite dame au bébé dans le corsage, avec ses deux sacs orange de courses, qui semblent provenir de ma propre pharmacie et avoir été réemployés pour pendre à ses mains. Oui, oui. C'est fascinant. Est-ce cela qui a impressionné les prescripteurs de l'art contemporain ? Mon vieil ami professeur et artiste Pierre va-t-il m'affirmer que c'est l'œuvre d'un meilleur ouvrier de France ou d'un artiste ? Artiste / artisan, en voilà encore une confrontation en vue ! Pourquoi la sculpture de Johanna Fournier, réplique en hêtre de l'étagère Carlton du groupe Memphis, réinterprétée en totem, dont écrivait une marquise dans sa lettre récente, ne trônerait-elle pas ici ? Peut-être parce qu'il faut le choc, un étonnement qui vous saisisse. Ron Mueck vous saisit.

De Gaulle / Pétain : la confrontation, aux Mathurins. L'oreille dure n'en perd pas une phrase. L'Ecole publique avait été priée de nous faire vendre dans les villages des cartes postales du Maréchal et en sixième ou en cinquième nous avons été emmenés pour faire potiches devant une mairie lors d'un passage de Darlan. Les subtilités de ces deux rôles de notre aventure nationale ne peuvent être restituées entièrement, mais ce dialogue, à bonne distance des événements, offre aux spectateurs une profonde méditation sur l'histoire. L'excellente interprétation de Pétain par Jacques Le Carpentier doit parfois faire plaisir à ceux qui ont pardonné au Maréchal. Pourtant, à qui s'accroche au texte, le verdict est sans appel. On sait gré à la mise en scène et à l'acteur Olivier Till d'avoir produit un de Gaulle aussi peu caricatural que possible. On pouvait succomber à la tentation, tant les écrans de télévision nous ont martelé les phrases du Général, prononcées au moment de la Libération.

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