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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

UN AMOUR POUR LA VILLE

Publié le 19 Décembre 2012

Au promeneur solitaire, émule de Jean-Jacques - vous vous souvenez aussi de l'Emile, de Julie ou la Nouvelle Héloïse - la Ville (Urbs, en latin) fait régulièrement des cadeaux. Le petit jardin de la rue des Ormeaux, par exemple. Vous ne le situez pas ?

Et si on vous disait Gergovie ? Vous avez fait l'Auvergne. Ce n'est pas vous qui caleriez dans Questions pour un champion. Vous apprendriez aux téléspectateurs qu'il y a deux hypothèses pour Gergovie. Gergovie, on y est pourtant tranquille comme Baptiste, au soleil, avec les vieux amis de l'EHPAD Lucien Schroeder voisin et leurs souriantes animatrices et aides soignantes, pour penser l'issue de la crise sous le tilleul, le noyer et l'if séculaire. Jouxtant Gergovie, un jardinet cultivé par une fée et ses apprenties, porte un nom très cher à Pierre Abélard. Pour affoler le GPS, du côté de ce Gergovie-là Vercingétorix apprécierait bien plus de ferrailler avec Postuminus que de faire des moulinets avec César. C'est que les époques s'embrouillent ici, comme à la fin du monde dans les vieux récits apocalyptiques du temps des Mages. Mais les astrophysiciens sont passés par là : "T'énerve pas, mec ! Au bas mot, ça te ferait encore 4 milliards et demi d'années à poireauter !" Soit "un certain temps", comme pour refroidir le canon du fusil du sergent de Fernand Reynaud.

Mais laissons le De Bello Gallico et les légions romaines. Permettons à Obélix de franchir la frontière jusqu'à l'irréductible village de Néchin (commune d'Estaimpuis), histoire de tâter du menhir un peu patate, comme d'autres se jettent sur les gaz de schiste. Filons au Jardin des Ormeaux, actuellement en expansion. La Ville en a fait présent aux enfants, aux demoiselles goûtant la lecture sur leur planchette numérique, aux vieux toqués de la balade réflexive. Au fond de cet Eden miniature, il y a un banc. Et sur le dossier du banc, il y a un texte. Non, non, pas le Mené, Teqel, Parsîn du festin de Balthazar, fils de Nabonide, la formule qui a porté à l'incandescence les cours d'exégèse d'autrefois, mais une phrase simple, facile à entendre, si bien calligraphiée que les employés de la Mairie n'osent pas l'effacer. En d'autres temps on y aurait tout de suite reconnu le passage d'un ange et son premier découvreur aurait recruté des propagateurs pour alerter les crédules. Le secret de la sortie de crise repose là et on s'y adosse, plutôt que de s'asseoir vraiment dessus, sans même avoir l'idée d'en prélever une trace génétique. Pas assez ésotérique pour attrouper les chalands. Des yeux par milliers, mais pour ne pas voir. "Ya d'ces jours où franchement J'vois qu'des solutions à perte de vue ! En vrai, c'est juste que tout l'monde a peur de vivre !" C'est signé. Une étoile à cinq branches précède le nom ou prénom HAKRAN. Quoi que nous enseigne Internet de ces six lettres regroupées ainsi en divers points du globe, qui en a envie peut se mettre en route vers l'astre dessiné par Hakran. Rien à voir avec la grande conjonction de Jupiter et de Saturne dans la constellation des Poissons. Le plan de la Ville suffit. Hakran paraît assez décidé à vouloir quelque chose et on aurait envie de faire un bout de chemin avec lui à l'occasion. On n'a pas le droit d'écrire sur les bancs, mais parfois la conviction dont la trace se rapproche plus du graf que tu tag paraît de bon aloi. Hakran ne recrute pas. Ami, recrute-toi toi-même si tu veux.

En voilà assez pour aujourd'hui. Dès l'aube, demain, il va falloir flécher les tortillères d'une promenade en forêt, pour occuper ceux qui ne seront pas inscrits au nombre des élus. On reparlera aux corbeaux, aux colombes portant le rameau d'olivier et à tous les rescapés du déluge sur l'intention de ce blog. Mais qu'on le sache déjà, son titre complet serait fragments d'un discours amoureux ... de la Ville. Un peu copié, non ?

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