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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

FIN DU MONDE, MARIAGE POUR PERSONNE

Publié le 17 Décembre 2012

Elle avait l'air morose, la vendeuse doloise de sapins de Noël, ce premier dimanche de l'Avent, devant la Criée. "Les gens n'achètent pas, on dit que ça va être le fin du monde !" Depuis, les gens se sont mis à acheter. Quand même, on ne va pas casser le rêve des gosses avec les lubies des illuminés.

Paul de Tarse, alors parfaite voix de son maître, raconte vers 51 aux Thessaloniciens le scénario du Grand Soir, pour ceux qui ont déjà passé l'arme à gauche et pour ceux qui, comme lui, seront encore dans le thalweg des larmes au Jour J. Certains hoquetant de la casquette devant un pareil tweet, le guide dut adresser illico un mail d'ajustement au chef de groupe : "Tu leur colles quelques travaux d'intérêt général et au casse-croûte, rien d'autre que la ration qu'ils auront gagnée." Vers 57, il assurait encore aux Corinthiens que la pièce était jouée, que ça ne valait vraiment pas le coup de se marier. On était déjà en train de carguer les voiles pour rentrer dans le port de l'attache définitive. Bon, d'accord, pour ceux qui brûlent, permission de se marier, mais tout ça ne durera pas plus qu'un voyage de noces. Après, on sera comme des anges ! "Mes bien chers frères, plus de boogie woogie du tout !"

Dès 58, quand il écrit aux Romains, Paul a bien crevé les bulles de son message effervescent. "Cela va durer les gars, payez vos impôts, obéissez aux chefs et aux magistrats, filez droit. Toute autorité leur vient directement de là-haut." La fin du monde ? Ce sera superbe, toute la création va en être, même les toutous de compagnie des petites dames. En attendant, l'apôtre passe la brosse à reluire pour s'attirer les faveurs de l'Empire. L'auteur de la 2de épître de Pierre, qu'on interroge encore plus tard sur le flop des promesses non tenues, comme après toutes les campagnes électorales, écrit : "Si vous saviez comme Dieu est patient ! Pour lui, mille ans, c'est comme un jour. Péchez encore un peu et repentez-vous. Vous ne perdrez rien pour attendre."

Depuis, Constantin est passé par là et pour la Cité du Vatican, Bramante, Raphaël et Michel-Ange. On s'était encore monté le bourrichon autour de l'an mil. Sur les grandes frayeurs religieuses de l'Occident, on peut lire les ouvrages de notre professeur émérite rennais au Collège de France, Jean Delumeau. Sa voix si rassurante module un flux de connaissances si savantes. On peut lire l'An Mil de Georges Duby : "Temps d'espoir et de crainte, millénaire de l'Incarnation que les contemporains vécurent comme la promesse d'une nouvelle Alliance, un nouveau printemps du monde."

Et l'an 2 000 ? Quel tintamarre ce fut pour un passage de la ligne avec l'extincteur d'anti-virus en bandoulière ! Le Macintosh de Steve Jobs, acheté en 1986 allait-il subir l'épreuve sans dommage ? Comme une fleur. Douze ans après, on le ressort pour s'amuser. Moyennant un coup de poing dans l'épaule, juste pour secouer un vieux rhumatisme dans une soudure, il reprend son refrain, tout gaillard. Le Mac, dans les années 80, c'était une Révolution, comme aujourd'hui les Guignols, et ça coûtait bonbon.

Donc, pour revenir à la noce, les mêmes historiens du Moyen Age vous diraient que du mariage pour personne, on était passé, à cause de la patience légendaire de Dieu, à un mariage entre un homme et une femme sacrément structuré, boulonné, sous total contrôle de l'Eglise. Aujourd'hui, l'ambiance est à élargir le bénéfice d'être mariés aux couples homosexuels. Quand la majorité élue au suffrage universel en aura voté la loi, que cela plaise ou pas, tout représentant de l'Etat sera tenu de l'appliquer. On a même vu sur TF1 un maire des bords de la Rance, un émule du chanoine qui fit la fortune des marchands de vin blanc et de la crème de cassis, assurer que pour sa gouverne, à la barre de sa commune, il appliquerait la loi sans la moindre discrimination et que son état ecclésiastique ne l'en dissuaderait en aucune façon.

L'essentiel, c'est que le mariage ne devienne pas la panacée, une Légion d'honneur que l'on ne pourrait refuser à personne. Rappelez-vous le mariage des prêtres. "Je ne suis pas contre, disait l'ami briochin Jean le théologien, à condition quand même qu'il ne soit pas obligatoire !" De même aujourd'hui, il se peut que tel ou tel;couple homo n'ait pas du tout envie de passer devant monsieur le Maire. Mariage pour tous, comme formule, ça fait un peu soupe populaire pour marmiteux. On ne prend pas toujours tous ses droits.

En attendant, les trompettes du jugement dernier dormiront le 21 décembre aussi profondément que la Belle au bois. Le Prince Charmant aura autre chose sur son agenda que de cabrioler à son chevet.

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