L'élection du cardinal Roncalli, le pape de transition qui succéda à Pie XII, de 1958 à 1963, déçut de nombreux catholiques sur le moment. Jean XXIII fut pourtant l'initiateur de fécondes Lettres encycliques, notamment sur la Paix, et surtout le décideur du Concile Vatican II. On raconte qu'il répondit un jour à quelqu'un qui se plaignait de la lenteur de l'aggiornamento : "Mais je ne suis que le pape !"
La réaction de ma mère, lors de l'élection d'un Président de la République en 1974, m'a amusé : "Qu'il y en aura du monde, pour lui montrer par où passer !" Que de candides ont salué l'élection du suivant en croyant à la capacité de la force tranquille à "changer la vie" ! Que de jocrisses, en apprenant l'élection de l'actuel Président des USA, ont clamé : "Cette fois, l'apartheid va craquer partout, cette fois le feu va s'éteindre au Proche-orient, cette fois c'en est fini de Guantanamo, cette fois les malmenés de la vie vont pouvoir respirer ! Le loup habitera avec l'agneau, enfin le paradis sur terre !"
En réalisant des gestes symboliques, à la manière des prophètes des temps bibliques, le pape nouveau fait plaisir à voir et pas aux seuls croyants. Pourtant la machinerie curiale reste pesante et persistante, tandis que les jours du pape sont caducs. Quant à Obama - quel homme lucide et de bonne volonté aurait été déçu de son élection ? - son bateau cargue déjà les voiles pour rentrer au port, comme écrirait Paul de Tarse. Que peut Obama, visiblement réduit aujourd'hui au rôle d'une simple marionnette, portant brièvement le masque du pouvoir ? Que peut Obama contre la grande banque qui règne sur le monde et qui fauche la terre entière comme une moissonneuse-batteuse un champ de blé ? Vous n'avez pas regardé récemment une émission sur une chaîne culturelle franco-allemande ? Et que peut Obama en faveur des petits agriculteurs de l'Inde et d'ailleurs contre ses propres marchands de grains ? Bon courage à tous les sauveurs du monde !
Songeons pour finir à la bonté concrète. Que perdurent en nos fibres et nos neurones le vouloir de l'abbé Pierre, celui de Stéphane Hessel, celui d'Albert Jacquard. Avoir des papiers ? disait ce dernier, non, non, des papiers, il n'y en a besoin pour personne ! Il voyait en tous les humains des citoyens égaux du même monde. Ceux-là rêvèrent d'un avenir meilleur et se révoltèrent assez pour nous aider à garder le sourire sur une existence par bien des côtés absurde.
Avec Pierre Rabhi, l'homme de la sobriété heureuse, nous savons bien que nous ne sommes que des colibris porteurs de quelques gouttes pour éteindre l'incendie immense, tel celui qui a dévoré Yosemite Park cet été. Nous déverserons notre modique écot, pour ne pas mourir idiots.