Le compétiteur veut être devant, toujours sur l'avant-scène, toujours premier, il veut toujours vaincre. Il est persuadé que s'il ne gagne pas, il va tout perdre et à la fin disparaître. Il conçoit l'existence comme un combat contre les autres. Il faut être toujours le meilleur parmi les mêmes. Il n'y en a pas pour tout le monde, dépêchons-nous d'arriver avant les autres, pour nous emparer de la grosse part du gâteau. Le compétiteur a une mentalité de gladiateur. A la fin du combat, il y aura un mort. La plèbe veut du sang, car elle trouve naturel l'affrontement. Elle s'identifie au plus fort qui survit après le combat.
A la compétition s'oppose l'émulation. Il ne s'agit plus d'être le premier, mais de se battre contre soi-même, contre sa paresse et ses limites, pour mettre les richesses que l'on est capable de produire à la disposition de la communauté humaine. Chacun est incité par lui-même et par les autres à mettre en valeur le talent particulier qui le caractérise. Chaque personne est originale, elle est la résultante d'une génétique, d'une histoire familiale, d'une éducation, de rencontres, d'événements qui en font un être capable de réalisations étonnantes, si des circonstances favorables permettent l'éclosion des potentialités dont elle est détentrice. Ainsi se développe une joyeuse émulation, un enthousiasme où le problème à résoudre n'est pas d'être le premier de la classe, mais de tirer le maximum de ses capacités réelles. Dans l'émulation on se bat, mais contre ses limites propres. On propose aux autres les services dont on est capable, s'ils en ont besoin. Dans l'émulation, on progresse, mais pour une réussite commune, où chacun a tenu son rôle.