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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

UN QUARTIER CONNECTÉ À LA NATURE

Publié le 10 Septembre 2015 par Lesnen PetitsBois

Une information galope : en 2014, 67 000 hectares du territoire français ont été ensevelis sous le béton. La nature investit pourtant de mieux en mieux dans notre ville, par la volonté humaine, l'implacable progression du ciment, du verre, de l'aluminium et de l'acier.

Les oiseaux, à l'abri des prédateurs, deviennent de moins en moins farouches. Des élégantes bergeronnettes et mésanges aux goélands dominateurs, au moins quinze espèces faciles à identifier évoluent entre les arbres qui prospèrent sur deux étages de garages. Ils disposent pendant l'hiver de leur Restaurant du cœur. Se succèdent à la distribution le goéland vorace, les corneilles patientes, les palombes résidentes, les pies qui jacassent et la volée des moineaux, de vrais titis qui atterrissent pour les miettes en fin de service. Au petit matin, on peut en outre surprendre un épigone de Paul Léautaud, qui vivait avec 20 chats, une guenon et des chiens, en train de servir avec distinction des petits plats aux félins errants.

L'abeille, dont la disparition indiquerait la fin d'un monde, se réfugie en ville. Suivant l'exemple de Notre-Dame de Paris, la Poste du Colombier héberge trois ruches abritant 60 000 hyménoptères sur son toit. On va même doubler leur population si l'expérience s'avère concluante. L'association Vert le Jardin à la MCE entretient une ruche.

Dans notre quartier, que de layons à explorer, à travers les jardins suspendus, depuis la place du Papier timbré jusqu'à l'avenue Janvier. On s'y soustrait un instant à la rigueur des aiguilles et de l'agenda. Ceux du square du roi Arthur nous plongent dans la Brocéliande du héros des Bretons. Viviane et Merlin nous attendent à Barenton. En longeant les Pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, aux abords de la Cité judiciaire, nous nous retrouvons au jardin de Gergovie et nous voici renvoyés aux légendes gauloises du petit Lavisse de notre enfance.

Notre ville creuse pour les rêveurs de souterrains reliant les châteaux forts les tunnels contemporains qui nous convient à la fugue. Un arrêt à la station Clémenceau et hop, vous voilà projeté entre les boulevards de l'Yser et Albert Ier, au début de la surprenante promenade du Canut. Rien de moins qu'un chemin creux des romans champêtres de George Sand.

La ligne en construction, promesse de fluidité pour les années à venir, dont les travaux ne gênent que momentanément les proches riverains, vous projettera à la Courrouze, en pleine forêt. Il n'en faut pas plus au marcheur décidé pour vagabonder dès aujourd'hui parmi les datchas et dans la littérature russe.

Notre Colombier-Champ de Mars, quartier universel où se croisent les peuples du monde, ne vibre-t-il pas d'une conciliation à l'amiable entre l'urbanisation féroce et la part clémente de la nature ?

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