Des lignes plus gaies. En voici. Ce titre entre guillemets, affiché par les artistes qui opèrent au terme de la promenade des Bonnets Rouges, rive gauche, au-dessus de la Vilaine. J'aurais aimé en être l'auteur.
Avant-hier, Ernesto progressait allègrement au pied des Pyramides, sans son superbe parapluie français de Saint-Claude, acquis à Londres. Il était chaussé de Newton jaunes fluorescentes qui lui donnaient un coup de jeune inattendu. A ma joyeuse surprise il a répondu : - Vos hanches ? - Encore en état, pas de prothèse en vue pour l'instant. - Vous ne trouvez pas que certains trottoirs de la ville exigeraient une marche à la dahu, avec une jambe raccourcie, tellement ils sont en pente ? - Plaisant et au bout de la rue ? - Le trottoir d'en face n'est pas toujours adapté à un retour compensateur. Alors j'ai bondi sur ce cadeau de la parentèle australo-américaine de mon neveu. La pointure de ces godasses inventées au Colorado n'allait qu'à moi. J'ai des ailes aux pieds comme Hermès ou Mercure portant le message, je glisse sur un coussin d'air !
Le robot Philae sort de son sommeil et des nouvelles nous parviennent de la comète Tchouri. J'aime beaucoup rêvasser le soir sur l'origine du monde, celle des planètes, celle du flux de la Rance qui prend sa source dans les étoiles. Le ciel s'est payé son feu d'artifice estival en août.
Conjonction d'astres, confluence des rivières, similitudes. Au cours des années 1980, en session pour une semaine à Dinard, nous sommes venus visiter Dinan, le jeudi de l'Ascension, fête de l'homme exalté. Les citadins s'étaient rués sur la côte. Une ville quasiment vide sous le soleil. Quiétude. Même sensation à Rennes cette année, le lendemain de l'Assomption, pure célébration de la femme en gloire, illustrée par tant de peintres. Vacuité des rues, des avenues, des places. Nous irons à la plage quand elle sera déserte, en septembre. Mais aujourd'hui, une fuite de trois ou quatre minutes par le tunnel magique du métro nous dépose au bas de l'Hôtel Métropole. Nous nous glissons entre les immeubles. Promenade du Canut, affluent de la Vilaine. De très vieux arbres conservés. Des essences nouvelles, exotiques, ajoutées. Merveilleux jardins reconfigurés. La campagne en pleine agglomération. Des sentiers dans le béton. Sur le ciment, les chemins creux de la modernité.
Dans le métro, dont une deuxième ligne est en construction, une jeune femme très jolie, porte élégamment et avec un beau sourire la coiffure de sa culture ou de sa civilisation. Pas celle, courante, des prétendues descendantes des Gauloises. En finira-t-on jamais avec cette affaire de voile ? Soyons simpliste en fin de vie. Sans considération de religion ou de culture, chacun devrait pouvoir se coiffer en République comme il l'entend, pouvu que son visage reste discernable, reconnaissable, identifiable. Sauf à moto, sauf derrière le cache-nez par froid intense ou en raison d'une maladie, sauf dans quelques cas à déterminer pour remplir une fonction. Lacan voilait un tableau dont il était propriétaire et en réservait - raconte-t-on - la vision à des initiés.
Barthes a bien écrit du voile totalement enlevé et du nu absolu dont rêve le collégien. Il a subtilement évoqué la manche à peine découverte qui laisse entrevoir assez de peau pour susciter le désir. Michel Onfray, dont j'ai avoué l'an dernier qu'il donnait à penser et qu'en ce sens il attirait mon empathie, semble susciter au cours des émissions de cet ultime été de sa Contre-histoire de la philosophie sur France Culture plus que des réticences. Son jeu de massacre visant des célébrités de la philosophie médiatisée (Barthes, déclaré philosophe (?), a droit au lancer de grenades) fait songer à une comédie radiodiffusée. On s'y amuse un temps. A la fin de la pièce, le cher Michel va trôner lui aussi au milieu d'une cour fidèle sous un tonnerre d'applaudissements. Pas de présents entre gros ciboulots ! Pour ceux qui se plaignent plus de leur intelligence que de leur mémoire, pourtant très défaillante au terme du voyage, quelque chose reste à entendre partout. Chez les démolis. Chez le démolisseur. Je ne sais pas pourquoi s'impose à moi le souvenir du tableau de l'Enterrement à Ornans. Tchouri poursuit inexorablement sa course.