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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

ÉNERGIE, VASE ET LAMPE À HUILE

Publié le 23 Décembre 2016 par Lesnen PetitsBois

    Nos centrales nucléaires avaient donné l'impression au tout-venant d'une indépendance énergétique à prix raisonnable et sans détérioration de l'environnement. Il a fallu déchanter. Le citoyen émerveillé ignorait les aléas de la mise en place de cuves étanches et de la maintenance, le coût du démantèlement des génératrices, le danger durable des résidus et les imbrications politiques du recours aux mines de combustible.

 

    Devant les capacités du grand moulin à marée inauguré par le Général, il y a un demi-siècle, l'affamé d'énergie que nous sommes presque tous se disait que le barrage de la Rance avait déployé une solution irréprochable et ferait école. Mais, avant un tel endigage, l'impact environnemental et le coût financier d'un désenvasement, estimé nécessaire par certains observateurs, avaient-ils été insuffisamment évalués ? Pour trancher, il faudrait compulser des dossiers peu accessibles au commun et délicats à exploiter. Ce que constate l'usager partiellement informé et peu attiré par le retour à la bougie, c'est une dégradation de la belle image de la grande entreprise qui nous alimente en énergie et il s'attend à une augmentation progressive de sa facture.

 

    Tout mode de production de lumière, de chaleur et de force motrice présente des chances et des gênes particulières pour certaines catégories de la population et pour l'environnement.

 

    Le riverain contemporain ne réfléchit pas comme les scientifiques « sur le devenir de l'estuaire à l'échelle géologique » (formule extraite d'un article en ligne d'Ouest-France du 26 novembre 2016). Il expose ses tourments à la génération aux commandes, il songe à l'avenir de sa proche descendance et frémit devant la feuille des impôts à régler pour le bon fonctionnement de la vie ensemble. Ainsi sa volonté de sauver non pas la Rance et son estuaire, mais le rapport des humains au fleuve, lui apparaît sous deux aspects : celui des incidences sur le milieu et celui du coût de l'énergie. Touchant l'influence sur l'environnement, des scientifiques lui font remarquer que la rupture produite par l'usine marémotrice a été compensée, mais le citoyen, bousculé dans sa profession de pêcheur ou ses loisirs du dimanche par l'envasement d'une plage, a tendance à en juger selon son propre cas ou celui de son groupe d'intérêt. Touchant la durabilité du grand moulin à marée, qui sait si les générations suivantes ne seront pas contraintes de découper le barrage envasé, qui avait suscité tant d'espoir. Devenu improductif, l'ouvrage serait réduit en morceaux comme ces barres de HLM construites en hâte dans les banlieues des villes, après la Libération, et devenues invivables.

 

    Quant à la Rance elle-même, il ne faut guère s'en soucier. Tant que le sol breton lui fournira un lit, elle descendra vers la mer, dût-elle s'accumuler d'abord dans un grand lac devant un mur tenace ou filer au milieu d'un pré salé. Elle gagnera toujours l'océan, mais pas toujours sans dommage pour les enfants des hommes établis sur ses rives. Aucun risque pour longtemps de manquer d'eau sous le pont Saint-Hubert !

 

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