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Pour le fond, ce blog, résolument textuel, aura l'aspect de regards sur une ville aimée et de digressions. Pour la forme, il aura une préférence pour des fragments, ce genre estimé de Roland Barthes ; il ne sera pas sans complicité non plus avec la diversité des figures, des hétéronymes que généra Fernando Pessoa, l'écrivain portugais. Barthes et Pessoa se gardaient ainsi de toute volonté de persuasion.

GLANURES AU TEMPS DE « BONJOUR MOROSITÉ »

Publié le 31 Mai 2014 par Lesnen PetitsBois

ZORBA
Zorba le Grec demandait à son patron Basil, venu en Crète exploiter la mine dont il avait hérité : "A quoi servent tous les livres, s'ils ne disent pas pourquoi il faut mourir ?" Consultons les philosophes qui ont sué sur tant des thèses nécessaires à notre soif : "A quoi servent toutes vos recherches, si vous ne nous expliquez pas pourquoi les humains doivent tant souffrir de leur propre violence ? D'une rage qui s'accroît de façon exponentielle au fur et à mesure qu'ils sont plus nombreux et qu'ils découvrent de nouvelles techniques pour s'offrir tant de délices et s'infliger tant de blessures. Comment couve dans l'ÊTRE cette castagne intestine ?

TROP DE LIVRES
On publie beaucoup trop de livres, affirmait Dominique Rolin, dans la récente reprise nocturne d'une ancienne émission de France Culture. Bien sûr, mille fois trop. J'en ai eu la conviction irrémissible l'an dernier en arpentant l'interminable galerie d’Étonnants Voyageurs à Saint-Malo. Un tsunami de papier noirci et imagé. J'ai acheté un roman après avoir échangé avec un auteur éditeur exposant, satisfait de sa réussite. J'y ai trouvé : deux milles Anglais ; où lieu le célèbre combat (il manque un verbe) ; ces au lieu de ses ; c'est affaire est simple ; in extremiste ; je parts en mission ; bien des fois la lettre s du conditionnel au futur.
Des maisons d'édition comme une poussée subite de champignons après la pluie. Des éditeurs pas assez exigeants.
La non-publication n'empêche pas de mettre au propre sur Internet et d'y trouver son compte. Des milliards de pages peu sûres ? Mais ne vont-elles pas se dissiper dans le nuage comme la rosée au soleil du matin ? Ménageons nos forêts.

SURVIE DE LA CHOSE ECRITE
Il y eut une époque où les tagueurs respectaient l'art des graffeurs. C'est fini. Le shitsower barbouille tout, contresigne partout. Survient alors le nettoyeur officiel de la VILLE PROPRE. Les œuvres écrites les plus fécondes et les plus marquantes de notre temps semblent promises au même sort. Elles seront recouvertes rapidement, diluées dans la parution à tout va. Aucune survie certaine n'est à espérer ailleurs que dans les neurones de la génération suivante, dans le patrimoine qui passe de vivant en vivant.

DES LIVRES INUTILISABLES
Pourquoi, lorsqu'un travailleur intellectuel veut s'attaquer à un bon livre, souvent ne parvient-il pas à le déployer sur sa table ? Il faudrait presque l'écarteler et l'arrimer comme un opéré du thorax sur le billard. La reliure industrielle, dos carré collé, le contraint à ouvrir son ouvrage en le tenant des deux mains. Un lecteur attentif a besoin d'avoir son livre ouvert devant lui sur un pupitre ou à côté de lui, pour prendre des notes, cueillir des références, récolter des citations et jusqu'à le recenser. L'éditeur commerçant vend des livres faits pour être lus sans plus, pas pour être étudiés. Qu'est-ce que ce bouquin calé avec peine et qui vous bondit à la figure comme un diablotin ?

INQUIÉTUDE
Lu cette définition dans le Lexique de Georges Perros (1981) :
"Insecte maritime qui navigue sur nos canaux sanguins en barque de soie."
Les livres des éditions Calligrammes peuvent être ouverts aisément sur une table.

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